Midnight in Paris

On 11/05/2011 by Nicolas Gilson

Paris ville carte-postale, ville des amoureux, ville aussi et surtout des arts ayant été le berceau de nombreux artistes. Woody Allen s’y est déjà attardé, mais avec MIDNIGHT IN PARIS il semble se faire plaisir, et s’offre la possibilité de passer de l’autre côté du miroir. Il met à mal la réalité, il s’émancipe de la rationalité et succombe à la logique de l’imaginaire. Son imaginaire. Il compose un film amusant et délicieux qui n’est pas dépourvu d’esprit critique, bien au contraire, mais qui malheureusement n’a pas la virtuosité dont il a pu témoigner.

La force du film repose sur l’intelligence du scénario. Woody Allen reoue avec une fantaisie toute fantastique et met en place des archétypes qu’il met à mal. Ce tiraillement est à la fois une critique acerbe et l’heureuse communication d’une passion pour l’Art dont il se réapproprie l’histoire en lui rendant un succulent hommage.

La prime trame narrative est bien éculée et sert de tremplin à un voyage dans un monde singulier emprunt d’une tonalité qui est propre à Woody Allen. Au départ il y a un couple d’Américains, ou plutôt de californiens, composé de Gil, un scénariste à succès qui veut se lancer dans la littérature, et de Inez, une fille de républicain dont les parents conçoivent l’épanouissement comme synonyme d’une assurance financière. Lui, il rêve du Paris des années 20 et témoigne de toutes les mièvreries romantiques possibles jusqu’à fantasmer se promener sous la pluie dans les rues de Paris. Elle, elle semble bien plus passionnée par le discours d’une folle pédanterie d’un de ses amis professeur à la Sorbonne… Le contraste est source de nombreuses critiques par rapport à une certaine « suffisance » américaine.

Il y a aussi une touche de passéisme dans une optique de louange de nombreux artistes qui ont vécus à Paris – toutefois mise à mal par la nécessité de s’en émanciper. Ce chant magnifique prend une forme particulière : un soir, Gil est invité à suivre une bande de gais lurons dans une vieille peugeot tout droit sortie d’un autre siècle… Et il pénètre alors dans un monde farfelu où il découvre Fiztgerald, Hemigway, Picasso, Man Ray ou encore Dali. Un univers où il écoute Cole Porter jouer du piano et où il fait lire son mansucrit à Gertrude Stein. Gil voyage entre le temps et l’imagination. Et ce voyage le nourrit étrangement. Le motive à écrire aussi. Lui permet de s’épanouir… Et seule la rationalité, au sein de l’imagination, peut être vécue comme cauchemardesque !

Le ton est fantasque et saugrenu mais Woody Allen ne pousse pas bien loin le vice. Tout est très superficiel. Une joyeuse superficialité tantôt heureuse, tantôt burlesque qui permet la première ligne de critique qui répond à l’artificialité qui domine la mise en scène d’un bout à l’autre du film. Si Owen Wilson est plus que convainquant, le reste du casting repose sur la pure projection fantasmagorique. Certes cela permet à une palette de comédiens de se fondre dans des personnalités hors-normes, mais cela ancre surtout une hypothèse féminine (à l’exception de Kathy Bates en Gertrude Stein) que trop mièvre – qui permet cependant à Carla Bruni ou Marion Cotillard d’être crédibles tant elles sont dans la pure séduction.

L’humour est présent d’un bout à l’autre. Une dynamique farfelue, amusante et amusée. Woody Allen joue merveilleusement avec une série de caricatures ou, plutôt, de portraits. Il semble s’émanciper de toute contrainte. Il navique dans le temps au gré de ses envies et redonne vie à une galerie de personnages qui a marqué l’Histoire qui lui semble incontournable.

MIDNIGHT IN PARIS
♥♥
Réalisation : Woody ALLEN
USA – 2011 – 94 min
Distribution : Paradisio
Comédie
Cannes 2011 – Sélection Officielle (HC) – Film d’Ouverture

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>