Critique : Mia Madre

On 01/12/2015 by Nicolas Gilson

Offrant à Margherita Buy un rôle troublant dans lequel elle excelle, Nanni Moretti signe avec MIA MADRE une tragi-comédie à la fois délicate et grotesque. Il y aborde conjointement les grands thèmes de son cinéma – le deuil , la transmission et la quête de tout épanouissement personnel – et construit son récit autour d’une mise en abyme esquissant des nombreuses notes autobiographiques.

«  Je veux voir l’acteur à côté du personnage »

Alors qu’elle est en plein tournage d’un film aux accents politiques, Margherita (Margherita Buy) doit faire face à des angoisses de plus en plus paralysantes. Épuisée par un acteur américain incapable de se rappeler de son texte (John Turturro), elle tente de maintenir quelque équilibre dans sa vie personnelle alors que sa fille (Beatrice Mancini) est en pleine crise d’adolescence, que sa mère (Giulia Lazzarini) est admise à l’hôpital et que son frère (Nanni Moretti), en bon Samaritain, la contraint malgré lui à culpabiliser.

Shots from "Mia Madre"

Nous découvrons Margherita dans son rôle de réalisatrice alors qu’elle tente de gérer au mieux le plateau de tournage où se joue une scène de manifestation. Son énergie, et déjà son épuisement, rythme la dynamique du récit qui épouse son évolution mentale et nous fond à son ressenti avec notamment quelque séquences oniriques. Oscillant entre les genres, de la comédie au drame, le scénario semble se nourrir du vécu de Nanni Moretti (notamment plusieurs événements survenus sur et pendant le tournage de HABEMUS PAPAM) transposé dans la réalité multiple d’une femme qui l’est tout autant. Artiste engagée, fille, soeur, mère et amante, Margherita cherche à retrouver son souffle alors que, entre hoquet et hyper-ventilation, elle éprouve de plus en plus de difficultés à respirer.

Doucement folle lorsqu’elle dit à ses acteurs qu’elle veut les voir à côté du personnage qu’ils interprètent, elle fait corps avec l’approche de Nanni Moretti qui lui glisse alors ses mots entre ses lèvres. Distanciée et souvent artificielle, la mise en scène se veut tantôt bouffonne, extravagante ou doucement absurde, tantôt réaliste – et alors d’autant plus bouleversante que les enjeux développés se révèlent universels.

Entre hybridité et effervescence, la construction – tant scénaristique qu’esthétique – peut agacer. À l’instar des musiques employées, sorties d’un jukebox plutôt roturier, les différents interprètes semblent être autant d’instruments mal accordés dont la confrontation composent une partition inégale mais sensible, cruellement sensible. Irrités autant qu’emballés par la performance de John Turturro, nous ne pouvons que partager les larmes de Margherita Buy qui transcende admirablement la douleur, complexe, du personnage auquel elle donne vie.

MIA MADRE
♥/♥♥
Réalisation : Nanni Moretti
Italie / France – 2015 – 107 min
Distribution : Cinéart
Tragi-comédie

Cannes 2015 – Sélection Officielle en CompétitionMiaMadre_Cineart_70x100Shots from "Mia Madre" MiaMadre_06

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