Critique : Métamorphoses

On 06/01/2015 by Nicolas Gilson

Après avoir rendu vie à la Princesse de Clèves (LA BELLE PERSONNE), Christophe Honoré s’est à nouveau penché sur une adaptation et s’est approprié Les Métamorphoses d’Ovide. Plus qu’offrir un ancrage contemporain aux récits mythologiques, le cinéaste en transcende l’intemporalité et l’universalité. Bientôt enlevée par Jupiter, Europe se découvre au fil des rencontres, des symboles et d’une joyeuse sexualité : pour le moins initiatique son parcours questionne la norme, les codes, les interdits et les tabous. Une expérience jouissive et extraordinaire.

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Je t’enlève Europe, ta vie ne sera plus jamais comme avant.

En guise de mise en bouche, Christophe Honoré plante le décor au travers d’un prologue à la fois citationnel et allégorique. Réalisme et poésie s’unissent à l’image du corps qu’il fantasme pour Diane (mi-femme, mi-homme) qu’un chasseur surprend dans son intimité. Comme dans les contes, le récit prend place dans une forêt enchantée qui est pourtant bien réaliste où se côtoient le visible (le terrain de chasse) et l’invisible (la prostitution suggérée). Au regard appuyé du jeune homme étonné par sa découverte, la femme répond par un sort. Transformé en animal, il tente en vain de s’enfuir.

Je me propose de dire les métamorphoses des formes en des corps nouveaux… – Ovide

D’entrée de jeu l’espace-lieu est vecteur de sens. La nature, qui est le monde de tous les possibles, est cerclée par une autoroute tandis que la ville est bordée de verdure. Europe rencontre Jupiter sur un parking et, le suivant, entre peu à peu dans le verdoyant. Si jeune et déjà si lasse, elle est à la fois candide et impulsive. Elle écoute Jupiter, ignorant tout de ses récits qu’il imaginerait pourtant populaire. L’évocation prend vie. Le temps et les espaces semblent se confondre. Le conte prend place. Les légendes et le périple auquel court la jeune fille s’interpénètrent et ne forment bientôt plus qu’un même voyage sensible et merveilleux

D’entrée de jeu également, la musique participe à l’établissement d’un mouvement enchanteur et presque hypnotique qui n’aura cesse de nous subjuguer, de guider notre attention ou de la détourner.

Metamorphoses_Europe

Christophe Honoré construit son scénario en trois actes qui sont pour Europe la rencontre de trois guides. Outre Jupiter, elle suit Bacchus et Morphée voguant ainsi à la découverte des mythes qui reprennent vie dans la France d’aujourd’hui. La cité devient ainsi l’antre de Narcisse tandis que Venus fait triompher sa perfidie, à travers l’exultation de la passion et d’une pleine animalité, au sein d’une mosquée. La fluidité de l’écriture est enivrante tandis que les mythes revivent, questionnent ou exaltent.

C’est toi qui vois. Tu peux me croire ou bien me prendre pour un fou.

La force de la mise en scène est de s’effacer malgré la maitrise manifeste des artifices qui font la magie du cinéma. Les transformations prennent ainsi place sans effet ou presque, grâce aux possibilités souvent rudimentaires offertes par le montage visuel et sonore. Les regards et les mots semblent avoir la même importances tandis que le plaisir que prend Christophe Honoré à filmer ses interprètes devient le nôtre à les regarder. Le caractère apriori naturaliste de l’approche, semblant transcender la personnalité des personnes derrières les personnages, est des plus séduisant. À l’exaltation des corps – qui en deviennent majestueux – répond alors celle de nos sens.

Métamorphoses - affiche

METAMORPHOSES
♥♥♥♥
Réalisation : Christophe Honoré
France – 2014 – 102 min
Distribution : Remain In Light
Drame

Venise 2014 – Venice Days
FIFF 2014 – Regards du présent

Métamorphoses_Io_Jupiter métamorphoses IO Métamorphoses Bacchus

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