Critique : Melody

On 25/03/2015 by Nicolas Gilson

Parentalité et filiation sont au coeur de la cinématographie de Bernard Bellefroid qui, après s’être intéressé à la figure du père dans LA REGATE, met en perspective la notion de maternité dans MELODY. Il y révèle la sublime Lucie Debay dans le troublant rôle d’une mère porteuse décidée à réaliser ses rêves. Délicat et sensible.

Décidée à ouvrir son propre salon de coiffure, Melody (Lucie Debay) affronte l’âpreté de la vie sans broncher ; coiffant les gens à domicile et économisant chaque euro gagné grâce à une marginalité dont elle a décidé. Pour que son objectif ne soit pas chimérique, elle décide de devenir mère porteuse. Après avoir mis en ligne une annonce sur un site spécialisé, elle rencontre Emily (Rachael Blake) pour qui elle incarne la possibilité d’avoir enfin un enfant. Au fil de la grossesse, les deux femmes se dévoilent l’une à l’autre mais aussi – et surtout – à elles-mêmes.

Melody - Lucie Debay

D’entrée de jeu Bernard Bellefroid épouse l’énergie de son héroïne pour en révéler la personnalité. Optant pour un cadre serré, il se fond à son entrain mais aussi à sa lassitude, dévoilant peu à peu la réalité où elle s’est engouffrée afin de tendre à la liberté. D’emblée nous sommes frappé par l’humanité de Melody dont la complicité avec une vieille dame à qui elle coupe les cheveux nous subjugue malgré la banalité de la situation. Tombant littéralement en amour pour la protagoniste, le (manque de) réalisme de la situation dramatique importe peu tant nous sommes transportés par sa détermination.

Quelques images glanées au grès du net esquissent bientôt l’hypothèse de la gestation pour autrui et conduisent à la divulgation du plan auquel songe Melody. Afin de « se vendre », elle se module une histoire susceptible de plaire à celle qui sera prête à lui « acheter » un enfant. Emily entre alors en scène. Appréhendée avec plus de distance dans un premier temps, elle partage la même détermination que celle de Melody. Alors encore embryonnaire, leur rencontre devient le nerf du film au fur et à mesure que s’ancre la grossesse.

Melody - Bernard Bellefroid

Magnifiant proprement ses actrices, l’approche esthétique de Bernard Bellefroid tend à exacerber, sobrement, le trouble des personnages qu’elles incarnent. Celui-ci s’impose alors comme le réel sujet du film – autant d’émotions que nous partageons pleinement. Le mensonge et la froideur médicale font place à une étonnante relation qui conduit chaque protagoniste à se révéler à elle-même. Melody doit-elle faire face à sa réalité d’enfant abandonnée à la naissance – statut complexe alors qu’elle porte en enfant qui n’est pas le sien – qu’Emily ne peut continuer à se mentir…

Confronte-t-il les hypothèses de la GPA et de l’accouchement sous « X » que Bernard Bellefroid porte le choix de s’y intéresser sous le seul regard introspectif de son héroïne. Ne se rend-il pas compte que l’absence de tout positionnement politique tend à une moralisation certaine, qu’il saisit avec sensibilité la réalité qui ébranle Melody à mesure que son corps se module. Aussi, au-delà de toute question politique (qu’il ne pose pas), il nous propose d’entrer en communion tant avec Melody qu’avec Emily. Il nous emporte alors en un ballet troublant où chaque pas participe à un questionnement multiple autour de la maternité et de la filiation. Un questionnement qui prend vie et se nourrit dans les corps, les visages et le regard de Lucie Debay et Rachael Blake, sublimées par la caméra du réalisateur.

Melody affiche

MELODY
♥(♥)
Réalisation : Bernard Bellefroid
Belgique / France – 2014 – 94 min
Distribution : Cinéart
Drame

FIFF 2014 – Compétition Officicielle (Prix du Public)

Melody Poster

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