Melancholia

On 19/05/2011 by Nicolas Gilson

Lars Von Trier appréhende une nouvelle fois la mélancolie avec un film au titre évocateur. Celle-ci est envisagée comme un absolu indépassable et désolant qui ne peut qu’être fatal. MELANCHOLIA met en scène la projection de l’état de dépression. Le réalisateur confronte le spectateur au désordre et au déséquilibre de la mélancolie selon son propre point de vue. Celui-ci est perceptible dans l’esthétique brouillonne – le réalisateur fait le choix de ne pas en faire – et l’écriture sans équilibre.

Le film s’ouvre avec Wagner (« Tristan et Iseult ») et une série de tableaux majestueux. Il est question de surreprésentation voire de sublimation. L’artificialité domine. Les hypothèses visuelle et sonore s’épousent et conduisent à la mise en scène de la fin du monde, la Terre s’érasant contre une autre planète. Cette planète est Melancholia. Elle est l’obscession de Claire (Charlotte Gainsbourg), l’une des deux principales protagonistes de la narration mise en scène qui est introduite par un chapitrage en deux parties. La première est dédiée à Justine (Kirsten Dunst), la seconde à Claire. Mais le récit n’est qu’un prétexte à l’illustration d’un état. Lars Von Trier y pose de nombreux enjeux mais n’en résout aucun. Car la mélancolie, qui domine chaque nœud dramatique, est pour lui un absolu.

Les deux parties, ou deux mouvements, qui composent MELANCHOLIA sont le portrait de deux sœurs. Il s’agit de deux fresques qui se nourrissent l’une l’autre, l’une de l’autre. Comme les deux personnages au demeurant. Leur équilibre respectif est précaire. Toutes deux sont dépressives, vivent dans une mélancolie singulière. Justine est en marge de la norme au point de paraître folle. Elle est émancipée de la logique commune et tente de s’y fondre par le biais du mariage sans y parvenir. Cette émancipation est à la fois présentée comme son handicap et sa force. Néanmoins le décalage qu’elle induit est indépassable.

Justine peut affronter la fatalité frontalement car elle est en communion avec les éléments. Claire, au contraire, est entrée dans la norme jusqu’à la pleine assimilation. Mais elle n’est pas heureuse pour autant. Elle redoute les éléments. Elle craint l’absolu. Lars Von Trier propose deux versions de la mélancolie afin d’en faire l’illustration. Et jamais l’état mélancolique ne peut trouver de résolution. Aussi la seule solution possible, annoncée d’emblée, est fatale.

En imposant son point de vue Lars Von Trier empêche le spectateur de ressentir quoi que ce soit. Une radicalité indépassable qui est plus que désolante. Seule l’hypothèse sonore invite à la sensation, bien que Wagner se suffit à lui-même. MELANCHOLIA est le désolant spectacle de la désolation.

MELANCHOLIA
♥♥(♥)
Réalisation : Lars VON TRIER
Danemark/Suède/France/Allemagne – 2011 – 130 min
Distribution : Imagine
Drame
Cannes 2011 – Sélection Officielle en Compétition

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