Maternelle

On 15/09/2010 by Nicolas Gilson

Philippe Blasband envisage le sujet fort du sentiment maternel et au-delà celui de l’hypothèse féminine. Un sujet complexe qu’il développe en confrontant trois générations de femmes. L’une, centrale, a une quarantaine d’année. Les autres sont plus jeunes et trahissent ainsi une logique rationnelle : si la fille de Viviane a à peine plus de 20 ans, sa mère se veut trentenaire et n’est autre qu’un fantôme. La mort de cette dernière, jusque-là absente ou presque de la vie de Viviane, devient une obsession tacite : le spectre incarnant à la fois le fantasme et la phobie. Toutefois en rendant les apparitions visibles à l’ensemble des protagonistes, Philippe Blasband dépasse l’idée de psychose. Une lumineuse prémisse scénaristique.

Cependant, rapidement, le film s’enlise dans un marasme étrange : celui où aucune empathie ne semble possible. Le développement narratif n’y est sans doute pas étranger. Malgré une hypothèse de départ très riche, Blasband met en scène un récit qui jamais ne s’émancipe de son écriture. L’encadrement en voix-over, le recours aux flash-back ou encore les fondus au noir en témoignent amèrement : ceux-ci fatiguent inéluctablement tant ils apparaissent comme autant de « chapitrages ». Les actions se suivent, les mots s’échangent et les concepts s’entrechoquent comme s’il s’agissait de démontrer quelque chose. Un démonstration vaine, car intelligible d’emblée. Dommage : le sujet apparaît passionner le réalisateur/scénariste sans qu’il ne parvienne à nous contaminer.

La mise en scène est par trop souvent palpable. Bien que fort appuyée, elle est quelques fois très juste : la qualité des échangent dialogiques est surprenante. Ceux-ci ne cessent de l’emporter et deviennent des armes terribles. Mais de manière générale, le réalisateur offre une composition démonstrative où les larmes, par exemple, sonnent irrémédiablement faux. La justesse des échanges verbaux jurent par rapport à la sur-importance des gestes. Sans doute l’approche esthétique, privilégiant un cadre résolument serré, n’est pas étrangère à cette distanciation paradoxale.

Alors que le réalisateur nous confronte à l’intimité des protagonistes – en optant sans cesse pour des valeurs de plan où les gros plans voire très gros plans l’emportent, plutôt que de nous en rendre complice il parvient à nous en éloigner. Si le choix des axes se veut perturbant, le mouvement incessant de la caméra fatigue plus que de raison. L’approche sonore est quant à elle insupportable : avec un enrobage musical pathétique et une exagération des sons directs épuisante. Aussi MATERNELLE ne séduit guère, mais n’est-ce pas là le caractère ordinaire des choses ? Dès lors, en un sens, la force du film est la rencontre de la banalité du quotidien. Une platitude que Philippe Blasband met en scène admirablement.

MATERNELLE
•/♥
Réalisation : Philippe Blasband
Belgique – 2009 – 81 min
Distribution : Big Bang Distribution
Comédie dramatique/Fantastique
EA

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