Marion Hänsel : Entrevue

On 16/10/2013 by Nicolas Gilson

Rencontre avec Marion Hänsel à l’occasion de la présentation de LA TENDRESSE en Compétition Officielle au Festival international du Film Francophone de Namur.

Marion Hänsel © FIFF.be 3/10/13

Comment est né LA TENDRESSE ? - J’avais depuis quelques années cette histoire en tête. C’est une histoire en partie autobiographique – j’en ai vécu certains épisodes. Mais je me suis dit que ça n’allait intéresser personne. J’ai fait NOIR OCEAN, puis j’ai voulu adapter un autre roman dont les droits n’étaient pas libres. Comme je n’aime pas rester sans rien fait, j’ai tout de même écrit cette petite histoire « juste pour le plaisir ». J’ai écrit ça en deux semaines et je l’ai fait lire à mon assistante qui m’a encouragé à continuer. Je me suis alors détachée de plus en plus de l’histoire que j’avais connue, j’ai inventé d’autres personnes et d’autres situations.

La simplicité est un peu le maître-mot tout au long du film, au point qu’on a l’impression qu’il n’y a pas d’enjeux. - Il y a des spectateurs, souvent des femmes, qui ressentent une tension tout au long du film. Ils ont tout le temps l’impression que quelque chose de terrible va arriver. Ils attendent quelque chose et se disent, lorsque le film est fini, qu’il n’y a rien eu de grave. Il n’y a eu que du bonheur. Quand je l’ai écrit je ne me rendais pas compte que ce manque de dramatisation allait créer une certaine tension.

Les personnages se révèlent à travers l’anecdotique, par petites touches. - Avec très peu de mots, on découvre leurs caractères. On commence à comprendre qui est cet homme, comment est cette femme, pourquoi ils se sont aimés, attirés, séparés, etc. sans qu’on ne le dise. Je pense que chacun, en tant que spectateur, peut se projeter d’une manière ou d’une autre dans les personnages. Quand on est jeune on peut aussi s’identifier au fils dans les rapports qu’il a avec ses parents. Cette mère est un petit peu trop aimante, elle « adore » son fils. Ce père est peut-être un peu maladroit…

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C’est une photographie très juste d’un microcosme familial. - Je pense que j’ai essayé de parler de gens normaux et de gens qui font trois quarts de l’humanité. Evidemment il y a des gens plus hystériques, plus fous ou plus passionnels. Ça existe, et ça existe surtout au cinéma. Si on regarde autour de soi, je crois qu’on voit plein de couples tels que celui que j’ai décrit dans le film.

Vous livrez aussi une photographie de la société et de son évolution. - C’est aussi assez léger mais si on veut bien écouter et regarder, c’est également une critique de la société, de l’immigration, de comment c’est perçu. Il y a des tas de détails du quotidien. C’est une observation qui dit que, oui, en Europe, les gens réagissent comme ça. Avec leurs défauts évidemment.

Il y a dans votre approche esthétique une grande sensibilité, comme si vous rendiez les impressions palpables. - Le travail sur les couleurs, sur les mouvements de caméra et sur le cadrage ressemble fort à la peinture. Avant de devenir cinéaste ou comédienne, je voulais peindre. Je crois qu’on peut dire que c’est filmé comme une toile impressionniste : par petites touches, des couleurs prononcées, les paysages sont très présents, il y a des échappées très fréquentes vers le ciel. Il y a un travail de caméra très « dessiné », très pictural.

Les nuages, la mer et maintenant la neige. La nature vous obsède ? - J’adore filmer la nature. C’est pour ça que je n’ai jamais fait ou peut-être une fois, il y a longtemps, un film dans une ville. Ici, c’est un road-movie, ce qui pour moi n’est pas facile, mais un « road-movie nature ». Mon prochain projet prend place, à nouveau, dans une autre nature en y étant fort ancré.

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Comment s’est porté le choix de votre casting ? - Olivier (Gourmet), je le connaissais comme comédien et je trouve que c’est un comédien exceptionnel, au niveau mondial. Je pourrais dire avoir envie de travailler avec De Niro mais non, je n’en ai pas envie, j’ai envie de travailler avec Olivier Gourmet car je pense qu’il a le niveau des plus grands. Donc, ça, c’était un peu un rêve. Je lui ai demandé si, un jour, il aurait envie de travailler avec moi. Donc j’ai écrit le personnage en pensant à lui. C’est un peu du sur-mesure. Pour le rôle de Lisa, j’ai rencontré plusieurs comédiennes. J’avais vu Marilyne(Canto) dans plusieurs films et je la trouvais excellente comédienne. Et je trouvais qu’elle avait maintenant le physique, l’âge, la maturité, la beauté « parfaite ». Elle est comme un fruit gouteux, juteux : c’est maintenant qu’il faut employer cette femme dans, vraiment, des premiers plans. Quand on s’est rencontrées, j’étais convaincue à la seconde qu’elle était le personnage de Lisa et que ça allait faire un couple crédible. Même si c’est une toute petite bonne femme, je me suis dit que ces deux-là auraient pu être amoureux l’un de l’autre.

Vous magnifiez leur relation : on le sent complices. - La connivence est restée. Ils connaissent encore la peau l’un de l’autre mais si quinze ans ont passé. Ils ont fait un enfant ensemble et c’est indestructible. C’est un couple qui existe encore malgré la séparation.

Vous livrez aussi un beau portrait de femme. Lisa se redécouvre elle-même à travers ce voyage. - Elle redécouvre des sentiments. Peut-être qu’elle passe au-delà de quelque chose. Quand il lui demande si elle lui en a voulu de l’avoir quittée et qu’elle lui dit que c’est à elle qu’elle en a voulu, de ne pas avoir lutté, de ne pas avoir essayé de le récupérer. Peut-être qu’elle ne se l’était jamais dit vraiment. Après ce voyage, il y aura peut-être une page vraiment tournée.

Le titre s’est imposé d’emblée ? - J’ai n’ai pas hésité une seconde : quand j’ai commencé à écrire l’histoire, j’ai marqué « La tendresse ». Et personne – ni les distributeurs ni les vendeurs internationaux – ne m’a jamais dit : « non, on ne va pas mettre un titre comme ça ». Tout le monde a dit : « ah, quel beau titre ».

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