Marina Foïs : Entrevue

On 17/10/2011 by Nicolas Gilson

Rencontre avec Marina Foïs, elle aussi présente à Namur pour présenter POLISSE de Maïwenn qui était proposé en avant-première lors de la 26 ème édition du FIFF.

Votre rencontre avec Maïwenn ?

Un jour, un mardi, je reçois un coup de fil de Maïwenn, que je ne connaissais pas – on s’était croisé deux fois – qui tournait PARDONNEZ-MOI et qui me demande si je peux jouer le vendredi dans son film. Je lui réponds que non, en expliquant que je répète au théâtre. Elle me propose alors d’y aller après les répétitions, à minuit. Je lui dit que je suis d’accord et je lui demande si elle a un scénario que je peux lire. Elle me répond que non. J’ai dit oui, je ne sais pas pourquoi. J’y suis allé, elle m’a jeté dans une robe, ils m’ont maquillé, elle m’a foutu dans les bras d’un mec et elle m’a raconté deux-trois trucs et j’ai fait une impro. On a du faire trois-quatre prises et c’était plié. Deux mois après elle m’a appelé pour me dire qu’elle avait coupé la scène au montage parce qu’elle n’avait rien à foutre dans son film. Quelques mois après je suis allée voir son film en salle et je suis tombée par terre de mon fauteuil tellement ça m’a plu. Je lui ai laissé un message de trois heures sur son répondeur ; puis nous avons déjeuné ; puis nous avons fait LE BAL DES ACTRICES.

Maïwenn vous a parlé en amont de POLISSE ?

Oui, elle m’a appelé pour me dire que le prochain film qu’on allait faire serait un film de groupe. Elle voulait un groupe d’acteurs qui seraient là tous les jours. Je trouvais ça marrant comme idée. Plus tard elle m’a raconté le sujet, son stage à la brigade de protection de mineurs… et elle m’a fait lire le scénario.

Le tournage s’est construit en groupe ?

Ce n’est pas tout à fait possible de fonctionner comme ça. Il y avait une alternance de scènes à deux – pour faire exister les binômes – et des scènes de groupe.

Vous avez beaucoup travaillé en improvisation ?

Surtout pour les scènes de la vie privée. Toutes les scènes d’audition étaient dialoguées de manière très précise car on ne pouvait pas se permettre d’être approximatif par respect pour les affaires dont il était question. Il fallait être précis. Mais en même temps Maïwenn se fait chier très vite quand elle entend un texte qu’elle connait ou que ça ressemble à des acteurs qui disent un texte. Au fond, ce qu’elle veut entendre, c’est le sens. Les mots, elles s’en fout un peu.

Une scène d’engueulade, très violente, entre le personnage d’Iris et de Nadine (Karine Viard) prend place dans le film. Est-ce difficile de jouer ce genre de scène entre amies ou est-ce que ça révèle une fragilité dans votre rapport amical ?

Non. Je crois que si on se met à confondre qui on est dans la vie et qui on a à jouer, alors les tournages vont être infernaux. On peut avoir beaucoup de plaisir à jouer des scène violentes, la souffrance… L’acteur est un animal bizarre qui peut prendre du plaisir partout.

Comment avez-vous appréhendé le personnage d’Iris ?

Maïwenn m’a donné une indication pas banale et très intéressante. Elle m’a dit qu’Iris avait le besoin de prendre la parole, d’être reconnue, et que toutes les marques de bonheur ou de plaisir qu’elle pouvait voir chez les autres étaient comme des coups de poignard. C’est à dire que le bonheur des autres me fassent mal à moi. Bien entendu avec l’impossibilité de le jouer ou de le marquer.

Iris est un personnage morbide. Le noir l’attire. C’est quelqu’un de très destructeur. Iris s’empêche de manger… Tout ce qui lui fait du bien, lui fait du mal : elle aime un mec mais elle s’empêche de tomber enceinte, elle arrive pas à faire des enfants. Tout ce qui est de l’ordre du plaisir, de la légèreté : elle n’y arrive pas. Maïwenn ne répond pas à la question de quelle sorte de drame ou de rien elle a vécu pour en arriver là. Ce que montre le film, sans que cela n’en soit le sujet, c’est que l’on peut survivre au pire et que l’on peut mourir de rien. A force de ne pas vivre, on meurt. La complexité du personnage est là. Iris est en guerre, en colère, en rage. Ce n’est pas ce qu’on lui a infligé qui l’a faite comme ça, c’est peut-être ce qu’on ne lui a pas donné. Peut-être qu’elle n’a rien vécu, qu’elle n’a rien reçu. C’est l’inverse totale des victimes auxquelles elle est confrontée tous les jours. On ne sait pas. Maïwenn ne répond pas à la question. Chacun peut se raconter son histoire.

Et vous, vous l’appréhendez comment cette histoire ?

Je n’ai pas pensé à elle comme une victime. Je trouve intéressant de penser des gens dans le présent et dans ce qu’ils ignorent d’eux-même. Ce que j’aime, c’est quand ça ressemble à la vraie vie, quand les émotions ne sont pas logiques, quand elles n’arrivent pas au bon moment, quand on ne peut pas faire le lien. Dans les films de Pialat, il y a une grande vérité qui part du fait que les acteurs ne sont pas logiques. Il y a très peu de moments où l’on comprend ce que l’on ressent ou l’on comprend pourquoi on fait ce que l’on fait. On n’est jamais aussi intelligent ou plus intelligent que les autres. On comprend souvent après. Je trouve que c’est intéressant d’essayer de travailler comme ça : ressentir, réagir et ne pas être plus intelligent que son personnage.

Vous avez des attentes précises, des envies de rôles ?

J’ai des envies de metteurs en scènes. Vous savez c’est toujours la même histoire que l’on raconte sans fin. Je lis des scénarios attentivement. Je pourrais vous dire que j’aimerais jouer un résistante ou une militante ou Simone Veille ; des femmes de combat, des cerveaux ou des héroïnes de la vraie vie. Mais en fait je m’en fous. Je veux jouer tout et n’importe quoi avec des metteurs en scène. Je veux bien jouer rien avec un metteur en scène. Quand on est filmé par un metteur en scène, même ouvrir une porte peut être passionnant.

Votre carrière a énormément évolué en peu de temps, vous êtes passée de la comédie à des films plus forts, est-ce une volonté ?

Non, ce n’est pas une volonté. Ces dernières années j’ai dû choisir. Et les chose qui me paraissaient les plus intéressantes, le plus passionnantes n’étaient pas des comédies. Mais je le déplore, j’adore la comédie. Je suis très spectatrice et je dois dire que le cinéma le plus innovent, le plus moderne, le plus scotchant c’est rarement dans la comédie. La comédie est plus formatée. Mais quand je vois BORAT je me dit que non, il n’a pas de limite. Donc ça oui. Ou reformer les Monthy Python et refaire SACRE GRAAL.

Est-ce que “les Robins des Bois“ ne reviendraient pas ?

On va déjeuner ensemble mais je ne sais pas pourquoi. Peut-être pour se donner de nos nouvelles, mais peut-être pour un projet.

Si vous deviez choisir un film ?

Dans tout ceux que j’ai vu ? Non. Je ne le fais pas parce que j’aime trop d choses différentes. Je suis très éclectiques dans mes goûts donc non. Je pourrais vous dire, là sur le mois de septembre, je ne choisirai pas entre LES BIEN-AIMES, LA GUERRE EST DECLAREE et HABEMUS PAPAM. Ce ne sont pas les seuls que j’ai vu, mais j’ai adoré les trois. Il y a au moins un bon film à voir par semaine.

Vous êtes très spectatrice ?

Oui, très. Je ne suis pas cinéphile parce que je n’ai pas beaucoup de culture. Je suis très cinéphage. J’y vais le plus possible.

Vous n’avez pas des envies de mise en scène ?

Non. Et je n’en suis pas capable. Plus je travaille avec des metteurs en scène, plus je vois que c’est un métier. C’est même pas de l’humilité, c’est de l’honnêteté : si vous me filez une caméra je ne saurais pas où la foutre ; pour diriger un acteur je ne saurais pas quoi lui dire ; quant à avoir des choses à dire je ne suis pas sûre d’en avoir plus à dire que ceux qui me confient des rôles. Je n’ai pas de nécessité. J’aime bien la place d’actrice, cela me convient.

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