Marieke, Marieke

On 25/01/2011 by Nicolas Gilson

Marieke est une jeune fille de 20 ans qui vit avec sa mère, travaille dans une fabrique de chocolats et entretient des relations sentimentales et physiques avec des vieux messieurs. En apparence libérée, elle ne craint pas le regard des hommes. Qu’il soit réducteur (voire vicieux) ou amoureux, elle le défie avec amusement. Cependant derrière la légèreté apparente se cache un réel malêtre. Sa mère est désespérément distante, cruellement froide. Pour elle le passé n’existe plus. Un passé que Marieke décide d’appréhender lorsqu’elle rencontre le meilleur ami de son défunt père.

AY MARIEKE MARIEKE

Le premier film de Sophie Schoukens est à la fois émerveillement et frustration. Frustration car son écriture est trop palpable au point de transparaître ponctuellement dans la mise en scène, les dialogues ou encore certains choix esthétiques. Émerveillement tant la photographie est sublime, les décors envoutants, les intentions touchantes. Marieke vit un étrange parcours qui semble être la mise à nu de la réalisatrice. Il est question de fragilité et de sincérité. D’amour aussi.

Le film s’ouvre sur une composition originale de Jeff Mercelis, une musique lancinante qui déjà évoque l’état d’esprit de la protagoniste. Avant de la rencontrer, nous la découvrons enfant, en compagnie de sa mère, alors complice, dont la douleur est masquée. Une série d’enjeux est mise en place, avec économie. Quelques mots, un silence. Marieke a vingt ans. La douleur de la mère est apparente. Elle s’est muée en froideur. Le silence s’impose comme un enjeu majeur.

Entre la mère et la fille, le contraste est saisissant. Pourtant elles font corps, malgré elles. Maladroitement aussi. A l’heure où Marieke devient femme, sa mère enfermée dans un veuvage terne, n’est pas présente. Elle ne répond pas à ses questions, ses attentes. Cette fragilité à la fois singulière et universelle est admirablement dessinée par la réalisatrice. Parfois l’ensemble manque de finesse. Mais cela fait écho à la jeune fille en plein éveil, presque femme mais pas vraiment.

Le réconfort et la consistance, Marieke les trouvent dans une étrange complicité avec des hommes âgés. Ils sont ses amis et ses amants. Marieke les photographie, les morcelle, les immortalise. Elle compose un puzzle étrange dont l’élément manquant est un peu elle-même. Sans doute s’égare-t-elle. Néanmoins les clichés sont troublants, pertinents.

Lorsqu’elle rencontre un homme qui fut l’ami et l’éditeur de son père, tout bascule. Son passé ressurgit. Elle doit alors y faire face plus qu’elle ne le décide. De là émane une curieuse impression de passivité de la part de la protagoniste qui ne réagit que parce qu’on lui ouvre des portes.

Toutefois, les portes, elles les poussent. Et elle voyage alors en enfance ou plutôt avec l’enfance. Car les flash-back semblent ici ne pas être la visualisation ou l’évocation d’un souvenir mais plutôt la projection : Marieke revit son passé plus qu’elle ne se le remémore. Et le ressenti appartient au présent.

Les lieux filmés sont magnifiés par la réalisatrice. Marieke traverse un Bruxelles fantasmé qui se révèle être un décor extraordinaire. Le regard de la réalisatrice est intensément amoureux et sensible. Le film, malgré quelques défauts, en devient déconcertant.

MARIEKE, MARIEKE
♥♥
Réalisation : Sophie SCHOUKENS
Belgique / Allemagne – 2010 – 85 min
Distribution : KFD
Comédie dramatique
EA

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