Interview : Marie-José-Croze

On 28/07/2015 by Nicolas Gilson

En février dernier, Marie-Josée Croze était à Berlin pour défendre EVERY THING WILL BE FINE, présenté hors-compétition. Nous avons rendez-vous dans une chambre d’hôtel dont un étage a été réservé par le service de presse du film. Les couloirs grouille de monde. On nous invite à prendre place, l’actrice ne tardera pas. A l’instar de Wim Wenders ou de Charlotte Gainsbourg que l’on vient de croiser, elle passe de chambre en chambre afin de répondre aux questions des journalistes internationaux. Un marathon qu’elle affronte avec le sourire.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le personnage de Anne ? - C’était un véritable défi car je n’étais pas dans ma zone de confort. Ce n’est pas évident de jouer un personnage comme Anne tant elle apparaît normale, patiente et équilibrée. J’ai l’habitude de jouer des personnages excentriques ou qui ont beaucoup de personnalité. Ça peut paraître difficile mais c’est plus facile pour moi. La chose la plus compliquée demeure d’ouvrir un porte et de dire une réplique légère. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de comédiens disent que la comédie est plus compliquée que le drame. Rendre l’ordinaire léger et réaliste est très difficile. Anne est toutefois un peu dans l’ombre des gens et chez elle tout est en fait un peu secret.

Every-thing-will-be-fine-wenders © NEUE ROAD MOVIES GmbH, photograph by Donata Wenders

On se souvient de vous dans des rôles plus sombres. - J’adore faire des blagues et je rêve de jouer dans une comédie mais personne ne me le propose. Les gens se réfèrent à ce que vous avez fait avant. Ils manquent souvent d’imagination. On a souvent fait appel à moi pour jouer des femmes déséquilibrées comme dans LES INVASIONS BARBARES ou MUNICH. Wim (Wenders) m’a proposé de jouer Anne ce qui faisait sens pour lui sans que je comprenne d’où lui est venu l’idée. Il y a des personnes plus érudites qui voient à travers vous quelque chose d’autre.

C’était déjà le cas de Steven Spielberg. - J’étais très surprise de rencontrer Spielberg pour MUNICH. J’avais pris plusieurs kilos pour un rôle et j’avais un rhume. J’ignorais pour quel rôle je le rencontrais. Il a décrit le personnage en parlant d’une femme fatale et je me demandais où il pouvait bien voir à cet instant précis une femme fatale. Il avait vu LES INVASIONS BARBARES où je joue une toxicomane, je ne comprenais pas comment il pouvait imaginer ça. Il a eu, il avait une vision. (…) Un acteur par lui-même n’est rien. On attend d’un réalisateur qu’il nous révèle, qu’il révèle des choses que l’on n’avait pas imaginées ou qui sont cachées.

Le film a été tourné en 3D, est-ce que cela a eu une incidence sur votre jeu ? - Cela n’a pas vraiment influencé mon interprétation mais en « 2D » on doit adapter son jeu par rapport à la position de la caméra. C’est quelque chose que l’on doit apprendre et qui, à force, devient naturel. On sent le cadrage ;on questionne au besoin le cadreur. En « 3D » on a conscience que chaque élément peut être vu. Ça commence avec l’équipe de maquillage qui vous demande de faire attention aux moustiques car être piquée serait un désastre. Chaque chose est amplifiée. En fait, il ne faut pas jouer. En un sens, c’est mathématique.

Every_Thing_Will_Be_Fine

Cela a-t-il conduit à une connivence particulière avec le directeur de la photographie, Benoît Debie ? - Sur certains films j’ai eu une complicité avec le directeur photo mais c’était quand le réalisateur n’était pas là, dans la mesure où il n’avait ni talent ni personnalité – je suis navré de le dire mais ça arrive. Ce qui n’est évidemment pas le cas de Wim qui est complètement impliqué et présent pour ses comédiens. Je n’ai pas eu de connivence directe avec Benoît, il faisait son travail. Il est très discret et modeste. C’est supposé être comme ça : au cinéma chacun a sa place, on a besoin d’un certain « ordre ».

Comment s’est passé le travail avec James Franco dont vous interprétez la compagne ? - C’est très facile de travailler avec lui. Il est très bon et vous croyez en lui. Il est à l’écoute et il réagit bien. Il n’a pas peur et et vraiment cool. J’avais confiance en lui. Ce n’est par contre pas quelqu’un avec qui vous aller parler et créer une amitié. En tout cas pas sur ce tournage. Il a du moins conçu son personnage de cette façon et, entre les prises, il était enfui dans ses livres et sa musique. Il ne s’est jamais ouvert à nous. Il ne plaisantait pas avec nous, il était vraiment constamment concentré.

Quelle lecture avez-vous du film ? - Pour moi il raconte la trajet de quelqu’un qui apprend à s’ouvrir aux autres. Les artistes sont censés faire preuve de sensibilité. Mais c’est amusant comme ils peuvent être émouvant à travers leurs oeuvres et être très froids dans la vie. Pour moi le film parle de ça. C’est pour ça que j’apprécie particulièrement la scène où Anne, très énervée, attend quelque chose qui n’arrive pas. Elle lui dit que c’est compliqué de vivre avec lui – comment peut-on vivre avec quelqu’un qui ne vous donne rien ? Elle aimerait qu’il s’ouvre à elle et il ne le fait pas. Mais ils ne rompent pas. On peut donc imaginer qu’après cette discussion il commence à changer. Et il doit le faire, sans quoi il est perdu.

Every thing will be fine - belgique

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