Marialy Rivas : Entrevue

On 08/11/2012 by Nicolas Gilson

Après une première très remarquée au festival de Sundance, JOVEN Y ALOCADA, le premier long-métrage de Marialy Rivas, était présenté aux séances jeune public de la Berlinale. Encore inédit en Belgique, le film ouvre le 11 ème Pink Screens Film Festival. Retour sur la rencontre avec la réalisatrice chilienne à Berlin.

JOVEN Y ALOCADA est né de votre rencontre avec Camila Gutiérrez et son blog. – J’avais pour habitude de lire le photolock de Camila – avant facebook et twitter, il y avait cette forme de plateforme où l’on pouvait poster une photo et du texte – et j’étais très intriguée par celui-ci car elle écrivait un mélange de choses explicitement sexuelles et très tendres. C’était très explicite. Je trouvais sa manière d’écrire très intéressante et je voulais en faire un film qui serait engagé, comme le blog – dans lequel j’étais moi-même engagée Je l’ai contactée par email et on s’est rencontrées. Voilà comment tout à commencé.

Avez-vous écrit le scénario ensemble ? Comment s’est-il construit ? – Au début, puisqu’il s’agissait de mon premier long-métrage, j’avais peur puisque j’ai toujours travaillé avec des scénaristes et j’ai donc commencé à travailler avec une première romancière puis avec Pedro Peirado qui est le scénariste de THE MAID. Mais je n’étais pas satisfaite parce que nous écrivions. J’avais des entretiens avec Camila et je demandais beaucoup de corrections. Pedro m’a dit de le faire. Parce que si je ne le faisais pas, je n’aimerais jamais le scénario. J’ai pleuré durant deux mois en étant incapable d’écrire quoi que ce soit. Puis, j’ai écrit les premières 50 pages en deux jours. Et je suis revenu vers Pedro et Camila, en leur présentant le ton du film. Pedro a construit la fiction. Camila a écrit la plupart du film – les textes, les dialogues, la voix-over parce qu’il s’agit de sa voix…– que Pedro revoyait ensuite. Et comme j’avais le feeling que le point de vue du film n’était pas juste nous avons continué à écrire et ce même au moment du montage où on écrivait de nouveau chapitre et où on tournait de nouvelles scènes. C’était comme un processus sans fin.

La structure particulière du film est-elle apparue dès l’écriture ? - Oui, dès le tout début. Parce qu’elle « postait » donc il fallait que ce soit comme des chapitres, à la fois ceux postés sur un blog et ceux de la Bible. J’ai été inspirée par VIVRE SA VIE de Jean-Luc Godard. Les chapitres ont toujours été là. Mais cela a constitué un problème puis le scénariste n’écrivait pas en chapitres. Il fallait que le film soit très elliptiques avec des éléments non connectés. Le processus pour y parvenir a été très long.

Il y a visuellement une forme de dialogue entre les chapitres, le blog et le film en tant que tel. - C’était l’essence même du film. Quand j’ai réfléchi à faire un blog porté à l’écran, il a fallait trouver une ligne directrice pour refléter la « réalité » d’internet. Par exemple, pour tout ce qui est graphique, dans le film tout est comme pixelisé, chaque fois que l’on sort de l’histoire c’est très coloré et très pixelisé.

La photographie est très lumineuse, presque surexposée. - Oui car je pensais que les protagonistes étaient très effrayés à l’intérieur de diverses manières, confus dans beaucoup d’obscurité, aussi je voulais filmer ça de manière lumineuse. Tout le monde est beau et bien habillé mais à l’intérieur ils sont confus et sombres. Comme son blog était plein de fractures, j’avais besoin de pouvoir les refléter dans tout ce que je faisais dans le film : ainsi le temps fort sont en magenta et les temps faibles en bleu. Les couleurs s’opposent au sein même du cadre.

Le bleu et le rose renvoient aussi à une notion de genrification. Le film parle-t-il de normalisation ? – Il s’agit de contrastes : elle croit en Dieu et elle ne croit pas en lui ; elle aime les garçons mais aussi les filles… Elle agit sans cesse de manière duale, donc le film devait contenir cette dualité.

Au-delà de cette dualité, le film aborde donc les questions de sexualité et de désir, mais aussi celles des genres. Pourquoi ? – Parce que je suis lesbienne. Mais aussi parce que je pense que la sexualité est quelque chose que l’on trouve en chacun de nous et je ne comprends pas pourquoi les gens sont si répressifs à son égard. Je ne comprends pas pourquoi ils en ont si peur en comparaison à la violence. 90% des gens ne vont pas en tuer d’autres alors que 100% vont avoir des rapports sexuels, alors je ne comprends pas pourquoi les gens ont si peur du sexe. Pour moi, on ne peut pas condamner les gens à cause de leur sexualité car c’est quelque chose de naturel. Je ne comprends pas les gens… C’est sans doute pour cela que je continue, encore et encore. Pas le sexe mais les films à propos du sexe. Enfin, les deux.

Le film transcende les pulsions et le désir, vous insérez dans le montage des images à caractère pornographique tout en parvenant à un réel érotisme. Vous parvenez à un mélange de réalisme et de sensualité. - Je ne sais pas pourquoi mais il m’est très facile de filmer des scènes de sexe. C’est quelque chose qui est pour moi naturel. Nous avons toutefois eu des répétitions durant deux semaines durant lesquelles je demandais aux acteurs de me livrer leur craintes. Je voulais vraiment qu’ils soient le plus à l’aise possible. Nous en avons parlé et nous avons répété les scènes – bien sûr habillés. Et quand nous avons tourné les scènes, l’équipe présente sur le plateau était restreinte (le directeur de la photographie, le caméraman, l’ingénieur du son et moi – il n’y avait alors presque pas d’équipe).

Le film montre aussi une forme d’injustice et de jugement à l’égard des femmes. L’héroïne est renvoyée de l’école car elle a perdu sa virginité, alors que le comportement des garçon n’est pas condamné. - Quand j’entame un film, je ne pars pas d’un constat rationnel en me disant que je vais parler d’un sujet précis. Je suis ici tombée amoureuse de ce blog et tout s’est développé à partir de là. Et lorsque je regarde maintenant le film, je me rends compte qu’il parle de la sexualité féminine. Le film dit que nous aimons nous aussi le sexe.

Le film est très critique à l’égard de l’évangélisme mais en même temps il y a une vrai respect. - C’est ce qui m’intéressait dans le blog de Camila, c’est qu’elle exposait cette fracture, cette confusion. Je me suis toujours dit, quand je me sentais perdue dans le film, que je devais être vraie. Je devais rester fidèle à l’esprit du blog.

L’Eglise évangéliste est importante au Chili ? - Elle représente 80% des gens au Chili. C’est une religion qui est devenue très importante.

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