Marc Fitoussi : Entrevue

On 25/10/2012 by Nicolas Gilson

Après COPACABANA, Marc Fitoussi signe avec PAULINE DETECTIVE une comédie délicieuse et maîtrisée qui rend hommage à un cinéma que d’aucuns pourraient juger dépassé. Il y donne à Sandrine Kimberlain un premier rôle extraordinaire empli de fraîcheur et d’espièglerie. Le réalisateur était au FIFF de Namur où le film a été présenté aux Regards du présent. Rencontre.

Quelle est la genèse de PAULINE DETECTIVE ? - Déjà l’envie de retravailler avec Sandrine Kiberlain avec qui j’avais fait mon premier long-métrage, LA VIE D’ARTISTE. C’était un film choral où il y avait beaucoup de comédiens. On a travaillé ensemble à peu près deux semaines et on avait très envie de se retrouver, surtout dans le registre de la comédie où je trouvais qu’elle excellait. J’ai eu envie de lui proposer un rôle sur mesure et écrit pour elle. On avait des envies communes, en tout cas des films de chevet dont on se prêtait les dvd, comme par exemple LE SAUVAGE de Jean-Paul Rappeneau ou des comédies plus anciennes, très technicolors. Sandrine me fait beaucoup penser à Katharine Hepburn. Je lui ai proposé PAULINE DETECTIVE avec seulement trois lignes : un nana obsédée par le fait-divers et le crime, qui voit des meurtres partout, qui se retrouve embarquée en vacances et qui se met en tête qu’un meurtre a été commis dans l’hôtel où elle séjourne. Le film répond à des codes, à des conventions de la comédies policière et de la comédie romantique. J’avais envie de mettre tout cela dans ce film : assumer des clichés, assumer par exemple la figure de l’adorable peste qui va « forcément » se retrouver face à un type « forcément » bougon mais qui va « forcément » tomber sous le charme…

Vous jouez avec de nombreux artifices. – Il y a dans la mise en scène quelque chose d’un peu désuet, d’un peu rétro. Il était donc assez logique qu’il y ait aussi des effets visuels un peu à l’ancienne même si le film est parfaitement contemporain. C’est d’ailleurs peut-être ça qui est intéressant : on est dans un film assez intemporel qui se déroule de nos jours et où, en même temps, on vole des K7 vidéos rouges dans la salle de sécurité plutôt que des DVD. Aussi parce que c’était plus joli à l’image. C’est un film qui a un parti-pris esthétique très fort et où l’élégance était de mise partout. De la même manière les « vedettes » sont aussi hyper apprêtées, même pour aller à la plage. Comme dans les comédies à l’ancienne où on lisait sur le générique de fin « Mademoiselle Audrey Hepburn est habillée par… ».

Plus que de clichés, il est question de figures à l’instar de la romancière. - Comme dans les films d’Agatha Christie où il fallait que chacun ait sa panoplie. En même temps, dans le film, j’ai moi aussi joué à la poupée : je déplace des personnages dans un décor unique, je les fais monter au premier étage, je les redescends… Je me suis vraiment fait plaisir.

Vous jouez avec les conventions du genre, comme dans la séquence où Sandrine Kiberlain danse la tarentelle. - On est pour cela très loin de mon précédent film, COPACABANA, qui se passait dans le Nord et qui parlait de la précarité. C’était un film extrêmement réaliste même si empli de fantaisie de part le personnage que joue Isabelle Huppert. Ici, on est dans un film où tout est permis. Dans le sens où elle doit danser la tarentelle et finalement elle danse cela formidablement bien comme si elle avait toujours connu ces pas de danse. Pour moi, cette séquence était une façon de renouveler le dialogue entre les protagonistes. Je n’avais pas envie d’un film statique. Le personnage de Pauline devait être en mouvement perpétuel. Il devait être extrêmement tonique à l’image du rythme du film. C’est elle d’ailleurs qui insuffle ce rythme au film. Je ne voulais pas d’un dialogue qui aurait pu se dérouler attablé où on aurait été dans un contrôle théâtral.

Et les répliques font mouche. - C’est très écrit. En tout cas c’est un langage un peu châtier ou un peu littéraire. Le langage est aussi à l’ancienne, comme le film. C’est un film où il y a aussi un plaisir de la langue. Et là encore, par rapport à COPACABANA où il fallait quelque chose de très vrai, il y a beaucoup de digressions et d’ailleurs en ça le film me rappelle des comédies hollywoodiennes. Dans les comédies d’Howard Hawks, les personnages étaient extrêmement bavards, avaient des tartines de texte qu’ils balançaient dans une joute verbale permanente. Surtout entre le héros et l’héroïne qui doivent passer par là pour se séduire.

Le verbiage est continu : vous ne marquez pas d’arrêt afin de souligner les mots. – C’aurait été embarrassant d’être conscient de nos « bons mots ». La comédie doit être jouée comme un drame, avec des personnages qui ne sont pas du tout conscient qu’ils peuvent être drôles. Et puis, de toute façon, il fallait que ça aille très vite aussi : les comédiens n’avaient pas le droit au silence. D’ailleurs le personnage de Pauline réfléchit à voix haute. Elle ne sait pas rester silencieuse. D’ailleurs quand Simone lui demande de rester dans la voiture, immédiatement après on la retrouve sortant du véhicule et allant le retrouver parce qu’être seul est quelque chose d’impensable.

Vous jouez également avec l’esthétique rétro du magazine Détective. - Le film a une nostalgie de ce qui se faisait avant. Quand Pauline a ses flashes et qu’elle imagine ses unes possibles, j’ai choisi des illustrations à la manière de celles qui figuraient dans les couvertures des années 60-70. Et je n’ai pas choisi les couvertures actuelles qui sont assez moches avec des photos très chocs et des titres mal mis en page. Le film, s’il dit quelque chose, c’est cette nostalgie que l’on peut avoir pour une stylisation qui a disparu. Il y avait avant un soin apporté à la comédie, une élégance dans le cinéma qui aujourd’hui est en train de partir en fumée.

Vous vous amusez avec tous les clichés autour de l’Italie. - Complètement. Je ne suis pas sûr qu’ils apprécieront beaucoup en Italie ce que je dis du pays : forcément les femmes sont brunes et vénéneuses, les hommes portent la moustaches et sont virils, on se déplace en alfa romeo décapotable, on boit exclusivement du limoncello… C’est une carte postale faite de clins d’oeil parce que le film est une fantaisie assumée jusqu’au bout. Le film est un divertissement pur. Il aurait été déplacé d’y parler de la situation actuelle en Italie même si le personnage de Giovana ressemble beaucoup à une sorte de « pétasse » de la RaiUno…

La critique se fait par petites touches. - J’avais envie d’une comédie élégante et subtile, et je pense que la subtilité passe par là. Je suis assez content aussi quand les gens aiment le film sans voir les références – que je peux citer et reciter – qui sont des clins d’oeil.

Le Français s’en prend aussi plein la figure. - Complètement. Dans le tourisme de masse, etc.

Pauline est aussi un personnage typé. – Complètement parisienne, oui. Mais, plus que dans le scénario c’est peut-être Sandrine Kimberlain qui apporte ça parce qu’elle a quelque chose de typiquement parisien. Je veux dire par là : « pestouille », pas forcément très poli – je ne dis pas qu’elle est comme ça dans la vie. Ce que j’aime chez elle, c’est qu’elle a de l’humour et de l’esprit. Ça se ressent dans le film. Sandrine est extrêmement maligne et très intelligente. C’est ce que je trouvais justement chez Katharine Hepburn : ce sont des nanas qui sont plus que des comédiennes un peu écervelées qui jouent ce qu’on leur dit de faire.

On la découvre aussi comme on ne l’a jamais vue. – Aussi belle et hyper glamour. Sandrine, on la connait plus dans le registre du drame, où elle excelle, mais c’est vrai que dans la comédie, elle est formidable. Et elle peut être aussi extrêmement glamour. Mais ça, pour le coup, j’en suis très fier sur le film parce que c’était pas simple et aussi qu’à la lecture le scénario pouvait donner l’impression que l’héroïne pouvait être quelqu’un qui allait se balader en jeans et en baskets, et je n’avais pas envie de ça. J’avais envie que le film soit très sophistiqué ou pouvait l’être. Ça a un peu décontenancé Sandrine. J’aimais bien le côté «Impeccable en toutes circonstances ».

Comment avez-vous abordé l’écriture du film ? - COPACABANA était une comédie sociale et ici on est dans une comédie pure qui mélange le burlesque, la comédie de dialogue, les situations… Ce film est un divertissement. J’ai entamé l’écriture du scénario de PAULINE DETECTIVE avant celle de COPACABANA. Je l’ai laissé reposer, je l’ai repris : c’est un film extrêmement tricoté, j’avais besoin d’avoir pas mal de recul pour m’y atteler à nouveau, pour en produire une nouvelle version. Je ne suis pas certain que je me relancerais dans la réalisation d’un film comme celui-ci, aussi stylisé et aussi futile – je le dis dans le bon sens du terme : qui ne délivre pas de message, qui ne cherche pas à dénoncer des choses – parce que le cinéma sert aussi à dire des choses sur le monde qui nous entoure. Et que PAULINE est plus une sorte de parenthèse enchantée. C’est un film où je me suis fait plaisir et où j’ai mis tout ce que j’avais envie de mettre en terme de mise en scène, de musique, de décor,… de tout ce que je peux aimer au cinéma et qui fait que j’ai voulu faire du cinéma. Ce film rend hommage à un cinéma que j’aime et que je vénère. J’ai essayé d’avoir une pensée pour ce cinéma-là. Ma prochaine comédie sera tout de même plus grave, plus ancrée dans le réel.

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