Mandela, Long Walk to Freedom

On 18/12/2013 by Nicolas Gilson

Réalisé par Justin Chadwick et scénarisé par William Nicholson, MANDELA, LONG WAY TO FREEDOM est un biopic dépourvu de psychologie où, à défaut d’apprendre réellement quoi que ce soit sur l’homme qui est devenu « Madiba », il n’est pas offert aux spectateurs de le rencontrer. Pourtant le film se veut être l’adaptation de la biographie de Nelson Mandela.

MANDELA: LONG WALK TO FREEDOM

Mandela pour les nuls

L’enfance de celui dont le prénom signifie « fauteur de trouble » est expédiée en quelques plans et se ponctue par un rite initiatique qui gardera son mystère et ne semble avoir d’intérêt que visuel. Initiée par le recours à une voix-over (celle du « héros » qui revient sur son parcours), l’ouverture du film est à ce point elliptique que c’en est une prouesse. Rebaptisé Nelson, Mandela est déjà avocat et défend ses congénères face à des juges blancs qui ne cessent de l’appeler « boy » et des témoins qui refusent de lui adresser la parole parce qu’il est noir de peau. En quelques scènes, les penchants pour la drague et la soif de justice de l’homme sont dévoilés de manière on ne peut plus démonstrative – et tout aussi artificielle – et la situation en Afrique du Sud est dépeinte avec efficacité.

Il semble alors s’agir de mettre en scène quelques épisodes aussi incontournables que monstratifs de la vie de l’homme qui, bientôt membre de l’ANC, devient un terroriste aux yeux de ses oppresseurs. Suivent le procès, la condamnation et les années de prison… Bref, la page Wikipedia dédiée à Nelson Mandela ou même le JT de Jean-Pierre Pernaud sont plus détaillés et composés avec plus de subtilité et de psychologie. Suivent alors aussi et surtout les ellipses qui conduisent les spectateurs à se poser bien des questions auxquelles le film ne répond pas – et d’autant moins alors que certaines scènes sont construites sur des éléments qui posent questions comme l’apparition soudaine de livres et d’une photo dans la cellule de Mandela, le droit à des visites,…

Plus encore, deux lignes narratives se dessinent : d’une part le parcours de Nelson Mandela, emprisonné, et de l’autre celui de son épouse (Winnie Madikizela), persécutée. Mais cette dernière ne semble avoir qu’un intérêt limité pour le scénariste, du coup lorsqu’elle ne sert pas à illustrer l’horreur de la réalité vécue par les populations noires et métissées ou à marquer la bravoure et l’humilité de son époux, elle n’existe pas. À quoi bon alors l’exploiter ? En est-il également question pour les personnages de ses filles que les spectateurs pourraient se dire qu’il s’agit là de vulgaire passe-plats – oups.

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Avec comme sous-titre « The leader you knew, the man you didn’t », le film se moquerait-il des spectateurs ? Oui. Enfin, pas entièrement. Certes le scénario est bourré d’ellipses et n’est composé que d’une succession de séquences toutes plus démonstratives les unes que les autres et à aucun moment il ne s’agit de rencontrer Mandela, mais l’artificialité voulue par le réalisateur est telle qu’il enrobe son film d’une musique atmosphérique qui si elle ne fait pas fuir les spectateurs leur dicteront ponctuellement leur ressenti. Et ça, ce n’est pas se moquer des spectateurs, c’est penser à eux. L’entièreté de l’approche esthétique, n’est-elle d’ailleurs pas pensée comme une panade bien sucrée et tellement liquide qu’il suffit de l’avaler sans mâcher. Et puis, sinon, il y a quelques images d’archives de ci, de là : non seulement c’est joli mais en plus ça permet de donner d’insuffler du sens et de l’énergie au film – ou l’inverse.

Evidemment, si les spectateurs pinaillent ils trouveront que les maquillages sont franchement mal faits et que, dans le rôle de Mandela, Idris Elba vieillit franchement mal. Ils trouveront certainement que les interprétations sont quelque peu démonstratives voire plus que lisses mais cela n’illustre-t-il pas parfaitement le caractère manichéen, superficiel et distancié induit par la réalisation ? Bon, s’ils poussent un peu ils pourraient trouver que le manque de tact dans la mise en scène du personnage de Winnie Madikizela est tel qu’il y a dans la démarche une sorte de machisme voire de masculinisme prônant l’intelligence de l’homme (Mandela) face à la bêtise de la femme (Winnie)… Car l’ennui peut tendre à bien des réflexions et, du long de ses 153 minutes, MANDELA, LONG WAY TO FREEDOM y conduit très (très très) facilement.

winnie

MANDELA, LONG WALK TO FREEDOM
MANDELA, UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTE

Réalisation : Justin Chadwick
Royaume-Uni / Afrique du Sud – 2013 – 153 min
Distribution : Paradisio Films
Biopic

Mandela long way to freedom - affiche

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