Interview : Maïwenn

On 21/10/2015 by Nicolas Gilson

De passage au FIFF de Namur où MON ROI était présenté en première belge, Maïwenn a pris le temps de répondre à quelques unes de nos questions. Après une plongée dans le milieu policier, la réalisatrice s’intéresse à une folle passion amoureuse sous l’angle de la reconstruction. Elle offre à Emmanuelle Bercot un premier rôle dans lequel elle excelle. Plébiscitée par les sélectionneurs cannois, Maïwenn, qui était en lice pour la seconde fois pour la Palme d’Or, a eu le bonheur de voir son actrice récompensée du prix d’interprétation. Echange.

Maïwenn, réalisatrice de 'Mon roi'

Quelle a été l’origine du projet ? Qu’est-ce qui a motivé MON ROI ? - Motivé ? Rien. J’avais envie de faire ce film depuis 10 ans, tout simplement. C’est une histoire d’amour. Je voulais en faire une depuis longtemps.

Derrière l’histoire d’amour vous mettez en scène un pervers narcissique. - Ça c’est vous qui le dites.

Vous laissez donc le film libre à toute interprétation. - Oui, bien sûr. Le film ne m’appartient pas. J’ai du mal à dire : ce film parle de ça, ça, ça et ça. Surtout que je m’aperçois, en ayant fait plusieurs présentation en France, que les spectateurs n’y voient pas du tout la même chose.

C’est important cet échange avec le public autour du film ? - Je ne sais pas si c’est le mot « important », mais en tout cas j’aime ça. Je suis assez curieuse de voir comment les gens le reçoivent. Là vous venez de dire que c’est aussi l’histoire d’un pervers narcissique, il y a des gens qui ne disent pas du tout la même chose. Je pense que la façon dont vous recevez le film est aussi la façon dont vous vivez la passion et l’amour. A chaque fois que les gens me perlent de la façon dont ils ont vu le film, il me parle d’eux. C’est une projection de soi-même.

Vous découvrez dès lors les gens à travers votre film ? - Exactement. Quand je vois des avis complètement opposés à d’autres, je me rends compte que le film m’échappe. C’est ce qui est génial : accepter qu’on a beau tout contrôler au début, à un moment donné un film, comme un enfant, vole de ses propres ailes. Il a sa propre identité, sa singularité.

Vous avez écrit le rôle pour Emmanuelle Bercot. Pourquoi elle ? - D’une part parce qu’on ne l’avait jamais vue avant, enfin on ne l’avait vue jouer que des petits rôles, et ce qui est bien quand on prend quelqu’un qui n’est pas connu, c’est qu’il ne véhicule pas d’autres histoires avec lui. C’est plus difficile d’entrer dans un film si on se met à observer l’actrice en se demandant si elle a vieilli, ce qu’on a fait à ses cheveux ou si elle était mieux dans tel film… Au moins, avec elle, j’avais l’avantage d’être « fraîche ». Emmanuelle, dans la vie, n’est pas très à l’aise ; elle n’est pas très expansive. Elle peut être très sociable et puis, tout à coup, très sauvage. Et c’était comme ça que je voulais mon personnage. Et puis, c’était très contrasté. Je trouvais que sur papier ils (Emmanuelle Bercot et Vincent Cassel) n’avaient rien à faire ensemble. Et c’est l’histoire d’un couple qui n’a rien à faire ensemble et qui, pourtant, s’aime.

mon roi - maiwenn

Comment s’est passé le travail avec Vincent Cassel ? - Avec lui, il y a eu beaucoup de discussions avant le tournage. Il voulait énormément défendre le personne. Il avait l’impression que c’était un salaud sur le papier. Il essayait de ma convaincre, alors que ce n’était pas nécessaire, que c’était quelqu’un d’humain. Je ne voulais pas que le spectateur juge le personnage. On a beaucoup parlé avant. Sur le plateau, c’était un continuité du personnage. Sa façon de se concentrer, il me semble, était d’être tout le temps Georgio. Il faisait rire tout le monde ; il était inattrapable, impatient.

Emmanuelle Bercot semble tout oser. Vous mettez en scène une intimité en allant loin dans la mise en scène. Vous voulez montrer ce que l’on ne voit généralement pas ailleurs ? - Non, pas forcément qu’on ne voit pas mais d’aller au plus proche de l’intime. C’est un film sur l’intimité. C’est pour ça que ça réveille des choses très personnelles chez chaque spectateur.

Est-ce que vous avez eu des l’influences ou des références particulières ? - Des influences, surement malgré moi. Je ne m’en suis pas rendue compte. Et des références, non.

Vous ne jouez pas dans MON ROI, il y avait dès le départ cette volonté de ne pas apparaître dans le film ? - Oui. Déjà je voulais faire le film avec Emmanuelle. Je me suis donné un petit rôle mais je me suis coupée au montage. Je me trouvais atroce.

Vous ouvrez le film sur une métaphore du genou. Une image importante ? - Oui, c’est ce qui a peut-être déclenché l’idée de me jeter à l’eau pour faire le film.

Un partie du film prend place dans un centre de rééducation où se nait une complicité entre personnes de différents milieux. Est-ce le rapport humain de renaissance à travers l’autre qui vous intéressait ? - Il se trouve que c’est la réalité d’un centre de rééducation. C’est toujours un peu la cour des miracles, on se retrouve à se lier d’amitié avec des gens avec qui en tant normal on ne serait jamais devenus amis. Mais ils ont tous un point en commun : ils sont blessés. Se soigner ensemble crée des liens très forts.

mon roi affiche

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