Main dans la main

On 06/12/2012 by Nicolas Gilson

Après LA GUERRE EST DECLAREE, Valérie Donzelli sublime à nouveau les sentiments amoureux à travers une comédie douce et enivrante. Si le sujet est tout autre, MAIN DANS LA MAIN est construit d’une même énergie avec drôlerie et légèreté. Un film tendre et réjouissant.

« Main dans la main on se promène
Les gens se moquent car ça les gêne
C’est évident que toi tu m’aimes »*

Joachim Fox (Jérémie Elkaïm) travaille dans une miroiterie, Hélène Marchal (Valérie Lemercier) est professeur à l’école de danse de l’Opéra Garnier. Par un jeu de hasard, ils se rencontrent, s’embrassent malgré eux et ne peuvent alors plus se quitter. Il ne s’agit pas d’un coup de foudre : ils ne peuvent physiquement plus se séparer, les gestes de l’un guidant ceux de l’autre. Un état de fait perturbant, moteur du bouleversement de leur quotidien.

Derrière cette situation loufoque, complétée par des séquences et des caractérisations burlesques, les enjeux soulevés sont nombreux et universels. Valérie Donzelli questionne ainsi la dynamique amoureuse (amicale, fraternelle, passionnelle…) qu’elle met en perspective. En quelques traits, avec économie, elle dépeint les univers – fatalement complètement opposés – de ses principaux protagonistes. La logique, assumée, est à la fois celle de la comédie et des films romantiques.

Toutefois, non sans rappeler, à nouveau, un certain cinéma de la Nouvelle Vague, Valérie Donzelli dépasse le genre et trouble le spectateur grâce à la sensibilité qu’elle insuffle tant dans l’écriture que dans l’approche esthétique. Elle parvient ainsi à transcender les sentiments mis en scène.

MAIN DANS LA MAIN emporte le spectateur du rire aux larmes et lui transmet une enivrante joie de vivre. Derrière l’humour (et avec lui), Valérie Donzelli esquisse, à travers la confrontation entre des banlieusards et des bourgeois parisiens, un portrait croisé, à la fois tendre et acerbe, de réalités de vie qui ne sont pas, au final, si opposées. Un jeu de rencontres qui permet aux protagonistes de se redécouvrir eux-mêmes, de se retrouver.

La construction du film est quelque peu erratique. MAIN DANS LA MAIN emporte ainsi le spectateur de séquences de pure comédie à d’autres proprement fascinantes (à l’instar de la sublime séquence où Joachim arrive à l’Opéra Garnier et rencontre Hélène). Si le scénario peut dès lors paraître décousu, il n’en est pas moins désarçonnant (la force de nombreux dialogues est ainsi déconcertante). L’approche esthétique se module sans logique apparente si ce n’est la primauté de l’émotion. Valérie Donzelli semble s’appuyer sur une dynamique et un langage esthétique singuliers enfants du cinéma de Rohmer, de Demy ou de Godard.

Voix-over multiples, images en Super-8 ou encore emploi divers de la musique (vectrice de sens et d’émotion) participent ainsi à un mouvement qui entraine le spectateur dans une curieuse aventure dont il doit accepter la logique : s’il glisse la main dans celle qui lui est tendue par la réalisatrice, il se fond à une exquise expérience, sensible, troublante et magique.

« Tous ces gens, moi je m’en fous
Viens dans un coin, oublions tout
Tous ces regards qui te rendent fou
Me laissent de glace, embrassons-nous »*

MAIN DANS LA MAIN
♥♥♥
Réalisation : Valérie DONZELLI
France – 2011 – xx min
Distribution : Cinéart
Comédie

* « Main dans la main », Elli et Jacno, 1980 (paroles : Elli Medeiros / musique : Jacno)

Comments are closed.