Magritte 2013 : une cérémonie réussie !

On 04/02/2013 by Nicolas Gilson

Ce samedi 02/02/2013 se tenait la troisième cérémonie des Magritte du cinéma. Comme de coutume l’évènement avait lieu au Square à Bruxelles dont les marches descendantes furent parées du tapis bleu de circonstance. Sous les crépitements des flash et la curiosité de quelques badauds, les personnalités du cinéma belge et nombres d’invités inconnus du quidam étranger à ce petit monde singulier (voire inconnus tout court) ont pris part à un défilé de presque deux heures. Les robes et diverses parures se sont alors dévoilées peu à peu : après tout les Magritte, c’est le moment strass et paillettes complètement assumé du cinéma made in Belgium. Un peu trop assumé visiblement par certain(e)s.

Du glamour pour tous ?

Incroyable fourmilière que l’espace du Square investi par une foule dont la fluidité du mouvement fut surprenante. Ballet fascinant de voir se succéder les invités voguant des bureaux d’accueil au vestiaire avant de s’envoler sur l’escalator les menant à l’un ou l’autre espace de réception où déjà le champagne se veut réjouissant. Les journalistes peuvent alors se faufiler parmi la masse grouillante ou même s’y fondre avant et afin de rejoindre la salle qui leur est dévolue tandis que les invités rejoignent celle de la cérémonie. Et quel bonheur de constater que le manque de goût ou le raffinement qui contrastait jusqu’alors se retrouve exacerbé au coeur de cet espace qui devient dès lors un merveilleux théâtre en attendant que les festivités commencent. Car à se sentir ridicule en tenue presque cérémoniale, après une prime observation moqueuse (soyons franc, on se rassure comme on peut), on constate que si certains n’ont pas jugé opportun de jouer le jeu d’autres y sont allé à fond – à un point tel qu’il doit s’agir d’une mise à défi : du côté de la presse, quand ça choucroute, ça choucroute.

Ainsi apparaît commun le côté gauchement endimanché de nombre d’artisans du cinéma belge qui, à moins d’avoir déjà gravi le tapis rouge cannois ou de tout autre festival prestigieux (et encore) ne sont pas coutumiers d’une étiquette qui les contraint à serrer leur col, rentrer la chemise dans leur pantalon, nouer une cravate autour de leur cou ou à se risquer au noeud papillon. Amusant miroir.

L’atmosphère est à la fois festive et sérieuse. Il s’agit de travailler tout en buvant des bulles ou du vin. Ou l’inverse. Et pour les réfractaires il reste toujours du jus d’orange, de l’eau et d’autres poisons. La cérémonie est rétro-projetée sur le grand écran d’une salle de réunion où chacun peut trouver place. Et puisque le bar reste ouvert la question est alors de s’organiser pour la suivre de manière festive – et le journaliste sait s’organiser, quitte à, comme certains, suivre la cérémonie depuis l’espace lounge puisqu’elle y est également retransmise.

La Cérémonie

Lorsque Fabrizio Rongione entame son discours inaugural il ne lui faudra que quelques minutes pour emballer. Après les fours consécutifs d’Helena Noguerra, le ton de cette troisième édition fait mouche. Les textes et sketchs composés par le comédien et Samuel Tilman emballent ! D’entrée de jeu il n’épargne rien ni personne et impose un style « pince sans rire » réjouissant. Une des petites trouvailles de la mise en scène fut sans conteste les « tweets » prêtés à diverses personnalités qui ponctuaient la cérémonie. Celle-ci s’est enchaîné avec fluidité avant de tirer malgré tout en longueur – mais n’est-ce pas là le principe même de toute cérémonie ? Après tout, il suffit de suivre les Oscars en direct pour trouver que tout autre évènement similaire est proprement expédié.

Yolande Moreau, présidente de l’édition 2013, a ouvert l’évènement sur un superbe discours à la simplicité touchante. Ensuite le cérémonial a pris place, un trophée à la suite de l’autre. Et nombre de journalistes ont alors pu composer avec le média qui s’est imposé comme incontournable : tweetant, retweetant, favorisant les tweets, dialoguant de tweet en tweet. Les concours étaient lancé qui tweetera en premier le nom des lauréats ? Qui aura le meilleur mot ? Ces échanges permettent aussi un dialogue entre les différents castes et de glisser à ceux qui semblent assoiffés dans la salle prestigieuse que franchement être journaliste, ça a de beaux avantages.

La remise du premier trophée est l’occasion d’une premier fou-rire quant au choix difficile qu’à du être celui de départager les meilleurs espoirs féminins (merci Hugues Dayez). David Murgia s’impose ensuite enfin comme le meilleur espoir masculin (!) et sa mère, toute émotive, monte sur scène pour recevoir le prix puisque le comédien travaille sur une autre. Lucas Belvaux continue alors sur le registre émotif lorsqu’il reçoit le Magritte du meilleur scénario pour 38 TEMOINS. Rien d’étonnant, la gagnants sont heureux et pensent le plus souvent à remercier leur famille sans jamais oublier tout qui il ne faut pas oublier. Les Magritte ont trouvé leur place ! Et si au fur et à mesure, A PERDRE LA RAISON s’impose comme le grand vainqueur (en remportant après le prix du meilleur montage ceux de meilleur réalisateur, meilleure actrice et meilleur film), l’effroi face aux 8 nominations de DEAD MAN TALKING conduit au soulagement puisque le film ne repartira qu’avec le Magritte des meilleurs décors – que l’on aurait bien vu décerné à Françoise Joset pour son admirable travail sur L’ENVAHISSEUR (film lui-même cruellement absent des nominations et donc du palmarès). Bref, le palmarès, sans grande surprise (Bouli Lanners, Yolande Moreau, Olivier Goumet, Emilie Dequenne primés), reflète in fine la diversité du cinéma belge ! Roulement de tambour : mais n’est-ce pas là justement un des buts des Magritte ?

Conférence de presse et petits fours

Avant de laisser les primés se faire congratuler de vive voix par les professionnels, les officiels et autres invités lors de la soirée clôturant l’évènement, ceux-ci ont l’immense joie (ou pas) de pouvoir participer à une rencontre avec la presse sous des atours de mini-conférence, se faire photographier et répondre à des mini-interviews filmées où l’on n’hésite pas à demander au mieux s’ils sont heureux d’être primés (comme s’ils allaient dire non), ce que ça fait ou quelle est la griffe de leur robe de soirée, s’ils (surtout elles) partagent un intérêt ou non pour la création belge… Cinéquoi ?

La conférence de presse commence par un four – dont l’intensité fait songer à l’intervention d’Héléna Noguerra lors de la remise du Magritte du meilleur acteur. A vouloir savoir ce qui, entre un Magritte et une sélection à Cannes, apparaît le plus prestigieux aux yeux de Joachim Lafosse, la réponse semble décevoir. Le niveau ne décolle guère (malgré l’intérêt des propos des primés) et s’effondre même radicalement lorsqu’une journaliste démontre qu’elle ignore les bases mêmes de la création d’un film en demandant au réalisateur d’A PERDRE LA RAISON « si il accepterait un tournage à Mons »… Pour le coup, cela a eu raison de la nôtre et a justifié une fuite permettant de féliciter Delphine Thomson pour le prix de la meilleure coproduction remise aux Films du Fleuve pour L’EXERCICE DE L’ETAT et de découvrir que le « bar de la presse » s’est alors mué en délirant théâtre – celui-là même où mille et une questions peu perspicaces s’imposaient face à d’autres plus judicieuses.

Puisqu’il s’agissait de la célébration annuelle du cinéma belge, il était grand temps de se glisser dans l’immense salle de réception afin de continuer à observer le comportement d’une fourmilière maintenant décontractée.

Palmarès Complet :

Meilleur Film A PERDRE LA RAISON de Joachim Lafosse (Versus Production)
Meilleur Réalisateur Joachim Lafosse pour A PERDRE LA RAISON
Meilleur film flamand en coproduction TOT ALTIJD de Nic Balthazar
Meilleur film étranger en coproduction L’EXERCICE DE L’ETAT de Pierre Schoeller
Meilleur scénario original ou adaptation Lucas Belvaux pour 38 TEMOINS
Meilleure actrice Émilie Dequenne dans A PERDRE LA RAISON
Meilleur acteur Olivier Gourmet dans L’EXERCICE DE L’ETAT
Meilleure actrice dans un second rôle Yolande Moreau dans CAMILLE REDOUBLE
Meilleur acteur dans un second rôle Bouli Lanners dans DE ROUILLE ET D’OS
Meilleur espoir féminin Anne-Pascale Clairembourg dans MOBILE HOME
Meilleur espoir masculin David Murgia dans LA TETE LA PREMIERE
Meilleure image Hichame Alaouie pour L’HIVER DERNIER
Meilleur son Julie Brenta et Olivier Hespel pour L’EXERCICE DE L’ETAT
Meilleurs décors Alina Santos pour DEAD MAN TALKING
Meilleurs costumes Florence Laforge pour LE GRAND SOIR
Meilleure musique originale François Petit, Michaël de Zanet, Coyote et Renaud Mayeur pour MOBILE HOME
Meilleur montage Sophie Vercruysse pour A PERDRE LA RAISON
Meilleur court-métrage LE CRI DU HOMARD de Nicolas Guiot (Ultime Razzia Productions)
Meilleur documentaire LE THE OU L’ELECTRICITE de Jérôme le Maire (Iota Production)

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