Made In Dagenham – We Want Sex

On 01/02/2011 by Nicolas Gilson

MADE IN DAGENHAM s’ouvre sur une joyeuse dynamique. Un parfum de nostalgie côtoie une série d’informations qui place le décor: les années soixante, l’Angleterre, les usines Ford… Une amusante artificialité fait corps avec des images d’archives et la société de consommation prend vie. Mais ce n’est pas pour autant que la nostalgie est magnifiée. Derrière l’artificiel c’est une réalité complexe et délicate qui s’établit. Pourtant Nigel Cole opte pour une approche légère d’un sujet qui est loin de l’être. Derrière des répliques fabuleuses, un excellent casting, des décors et des costumes chatoyants c’est un réel combat qui est magnifié.

DES DROITS ET NON DES PRIVILEGES

A l’instar du jeu induit par le générique, MADE IN DAGENHAM tend à une contextualisation qui sert de mise en place aux réels enjeux soulevés. Il s’agit de fondre le spectateur à la réalité de l’Angleterre de la fin des années soixante, celle à la fois des milieux ouvrier et bourgeois. Pourtant bien différents, ceux-ci partage une réalité commune basée sur la patriarcat. Les femmes sont définies selon et dans des rôles précis et réducteurs. Qu’importe qu’elles soient érudites ou non, qu’elles travaillent ou non, leur place est en cuisine. Elle n’ont donc pas de voix face aux hommes qui imposent leur autorité de manière arbitraire. Pourtant c’est bien une femme qui, après avoir été Ministre des transports, est secrétaire d’Etat en charge de l’emploi…

Le regard du spectateur épouse celui de la principale protagoniste du film qui entre en bataille un peu malgré elle. Epouse, mère de famille et ouvrière chez Ford, Rita décide avec ses collègue femmes de faire grève – une première en Angleterre ! Sans le savoir encore, elle s’engage dans un combat qui dépasse largement ses revendications premières – à savoir obtenir un grade d’emploi qualificatif et que les heures supplémentaires soient rémunérées. Rapidement la perspective est bien autre et lui demande de prendre confiance en elle. Une confiance qui à mesure qu’elle se développe fait écho à la conscience qui se fait sienne des inégalités vécues. Certes c’est un homme qui lui souffle de moduler ses revendications et d’exiger l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Mais ce sont bel et bien des femmes qui mènent le combat, qui font bloc, qui s’organisent… Et derrière ces revendications c’est un idéal ouvrier, social et sociétal qui se dessine !

Lorsque son mari lui scande qu’il est un bon époux et que jamais il ne la bat, Rita explose car le déclic s’est fait. Elle a pris conscience qu’en tant que femme elle a des droits ! Des droits que son mari perçoit comme autant de privilèges qu’il lui consent. Les enjeux du combat qu’elle mène sont là. Tout autres. Au-delà de la donne matérielle qui est la base minimale de la reconnaissance de ces droits – des droits encore bafoués, dénigrés et négligés dans nos pays où certes des textes de lois ont été votés mais sont loin d’être respectés.

YOU CAN GET IT IF YOU REALLY WANT

Les enjeux soulevés sont nombreux. MADE IN DAGENHAM a beau être une gentille comédie, le film peut être envisagé comme un réel détonateur. Plusieurs combats sont mis en parallèle et convergent vers la revendication d’un monde égalitaire et respectueux des droits de chacun. Entre 1968 et aujourd’hui il y a eu des avancées, mais une question demeure : où en sommes-nous aujourd’hui ? Parce qu’il ne faut pas oublier que derrière la reconnaissance des droits des femmes se cache celle de toutes les minorités. Que ce combat singulier a une résonance bien plus large. Et que toucher à ces droits ou les remettre en cause est un signe évident d’oppression.

MADE IN DAGENHAM – WE WANT SEX
♥♥(♥)
Réalisation : Nigel COLE
UK – 2010 – 113 min
Distribution : Cinéart
EA

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