Critique : Macondo

On 30/04/2015 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage de fiction de la documentariste Sudabeh Mortezai, MACONDO est le troublant portrait de Ramasan, un réfugié tchétchène d’une dizaine d’années. Au travers d’une approche sensible, la réalisatrice impressionne la réalité de l’enfant et, au-delà, celle d’une pleine situation sociétale. Lumineux.

Ramasan vit avec sa mère et ses deux petites soeurs en Autriche dans le camp de réfugiés de Macondo, isolé au coeur d’un décor peu réjouissant. Orphelin de père, il revêt déjà le rôle d’homme de la maison. Bien qu’il s’occupe de ses soeurs lorsque sa mère travaille, fait les courses et prend part aux démarches administratives, il demeure un gamin comme les autres. L’arrivée au camp d’Isa, un ami de son père, le perturbe quelque peu : Ramasan voit en effet son quotidien ébranlé par ce qui lui apparaît être une intrusion.

Le petit homme

Partant de l’espace-lieu qu’est la cité de Macondo, Sudabeh Mortezai apparaît dévoiler l’un des nombreux récits de ses habitants au travers du personnage de Ramasan. Au coeur du camps de réfugiés se tient une balançoire tel un interstice qui invite les résidants à la récréation. Elle capte proprement l’enfant lorsqu’il traverse le terrain de jeu et, dans le mouvement et la nervosité, elle nous invite à le suivre. Il fait d’emblée figure d’autorité sur ses petites soeurs et supplée au père absent : à travers les gestes habituels de Ramasan, la réaliste livre déjà une première photographie de sa réalité.

Si Sudabeh Mortezai épouse l’unicité du point de vue de l’enfant – un enfant parmi d’autres -, elle se fond à son regard tout en nous confrontant aux situations qui rythment son quotidien. Son approche scénaristique est habile : elle révèle peu à peu la réalité de Ramasan et dévoile son histoire par touches impressionnistes alors qu’il la découvre lui-même. N’instrumentalisant jamais son protagoniste, elle donne à l’effervescence de son jeune âge l’importance qui lui revient. Car s’il doit endosser nombre de responsabilités, Ramasan demeure un bambin qui, heureusement, est aussi bien insouciant.

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Avec fluidité et intelligence la réalisatrice nourrit un scénario qu’elle complexifie peu à peu : les éléments mis en place se répondent à l’instar des enjeux révélés lors des entretiens afin d’obtenir le statut de réfugié (en témoignant quelques fois d’un humour savoureux), de la relation qui se tisse entre Ramasan et Isa ou de la récurrence de certains gestes et objets. Elle aborde avec finesse de nombreuses questions culturelles ou de tradition et ancre de nombreux contrastes et paradoxes qui font sens.

Témoignant d’une réelle épure dans l’approche esthétique et d’une acuité à la direction d’acteurs (l’ensemble du casting est épatant), Sudabeh Mortezai tend à un maximum de réalisme. Elle donne à sa caméra l’impulsion et la vigueur des mouvements de son protagoniste. Elle tend à une dynamique qui le place comme objet de regard tout en accordant une grande importance aux détails qui attisent son attention et se veulent autant de révélateurs. Arrivant à un parfait équilibre entre sujet et objet, elle transcende proprement l’énergie et le ressenti d’un enfant en quête d’identité.

macondo affiche bemgique

MACONDO
Le petit homme
♥♥♥
Réalisation : Sudabeh Mortezai
Autriche – 2014 – 98 min
Distribution : Cinéart
Ventes internationales : Films Boutique
Drame

Berlinale 2014 – Compétition Officielle
Film Fest Gent : Séance spéciale

Mise en ligne initiale le 15/02/2014

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Macondo

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