Critique : Macbeth

On 23/05/2015 by Nicolas Gilson

Triste adaptation que le MACBETH de Justin Kurzel. Affecté d’un bout à l’autre, le film épuise inexorablement. La tragédie shakespearienne s’inscrit à mesure que nous nous demandons indéniablement ce dont le réalisateur en a fait : parce que cette froideur, parce que cette esthétisation, parce que cette artificialité ne servent pas l’histoire. Pénible.

Jamais je n’ai vu jour si noir et si clair

La mort et la fatalité ouvrent le film. Macbeth et son épouse pleurent leur unique enfant avant que l’homme ne reparte au combat. Le vaillant guerrier défend ardemment son roi qui lui offre quelque pouvoir tandis que des sorcières lui annoncent son règne futur tout en lui signifiant qu’il n’aura pas de descendance…

macbeth HD

Si le texte de Shakespeare fait écho au devenir de notre société, à une soif de pouvoir et à un aveuglement, ce n’est que par son essence et son intemporalité. Le caractère affecté du scénario écourtant le texte initial rend l’adaptation pompeuse – et franchement pompante – tant Justin Kurzel s’attèle à une mise en scène trop travaillée au point de n’être que platement esthétique.

D’entrée de jeu l’artificialité de l’approche s’impose. Le découpage trop transparent de la séquence d’ouverture – les adieux à l’enfant mort – est-il efficace qu’il n’en paraît que plus démonstratif. Mais cela est d’une candeur charmante au regard de la suite : une pure succession d’effets qui laisse à penser à une addition de clips publicitaires et musicaux qui, sur la durée du film, font mal aux yeux.

La première gageure, qui a rapidement raison de notre attention, est le traitement des scènes de batailles. Justin Kurzel les travaille dans la confrontation entre une frontalité qui n’a de réaliste que le son et les mouvements, et un tableau distancié où le déroulé de l’action se fait au ralenti annonçant bientôt un enrobage musical aussi pénible que gratuit. Un « effet » surprenant mais assassin tant le réalisateur ne semble pas en prendre la mesure et nous le crache au visage (et aux oreilles) dans la répétition plus vaine et creuse à chaque fois.

Marion-Cotillard-Michael-Fassbender-Macbeth

S’il abandonne – heureusement – cette fière idée, il se risque à des freezing plus pathétiques que ridicules et ancre un travail sur la lumière (notamment des filtres de couleur) qui rend une multitude de séquences irréalistes malgré l’esthétique de « l’image ». Un contraste saisissant avec les décors naturels qui perdent alors tout leur attrait… Relevons encore la dynamiques de gros plans dont l’emploi n’est que monstratif au point d’être affligeant  et celle des plans larges, composés comme autant de tableaux de maîtres, qui en sont que pure représentation.

Le respect des vers sauve-t-il l’ensemble d’un complet naufrage que le réalisateur ne parvient jamais à sublimer l’interprétation de ses acteurs. Michael Fassbender et Marion Cotillard ne cessent-ils d’offrir une nuance à leur texte que Kurzel le rend artificiel nous confrontant à une représentation grossière et outrancière de sentiments que jamais nous ne partageons. D’un bout à l’autre du film, nous sommes les spectateurs de prestations qui manquent de naturel dès lors que le réalisateur compose des tableaux plus ampoulés qu’ambitieux – à l’instar de l’adresse frontale de Lady Macbeth en gros versant une larme qui est tellement pitoyable que l’émotivité de l’actrice, pourtant à fleur de peau, passe irrémédiablement au second plan.

Incapable de transcender l’intimité des échanges malgré des nuances de jeu évidentes, Kurzel assassine Lady Macbeth, consumée par sa solitude. Toutefois, malgré une ligne narrative assommante où les monologues de Macbeth se meuvent en ronflants commentaires en voix-off (et over), il fait du guerrier un héros pourvu de failles – preuve si nécessaire que Michael Fassbender est un très grand acteur.

affiche-macbethMACBETH
•/♥
Réalisation : Justin Kurzel
Royaume-Uni – 2015 – 113 min
Distribution : /
Drame

Cannes 2015 – Sélection Officielle – Compétition

Cannes 2015 signature 2

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