La Lune Dans le Fond du Puit

On 06/10/2009 by Nicolas Gilson

LA LUNE EST DANS LE FOND DU PUIT met en scène un terrible récit sur la dépression. Hanh est une épouse parfaite, qui prend soin de son mari selon l’accomplissement d’actes ritualisés qui témoignent du respect à son égard – celui-là même qui lui est dû de par sa condition d’épouse – tout en lui dictant un rythme de vie au sein duquel elle se retrouve. Cependant, stérile, elle ne peut donner à son mari une descendance si bien que celui-ci entretient une relation adultère qui porte ses fruits. La rumeur publique s’en mêle et la vie de Hanh bascule, irrémédiablement.

Nguyen Vinh Son parvient à donner vie admirablement à la tradition culturelle vietnamienne au travers de la ritualité. La captation des gestes quotidiens de la protagonistes principale permet au spectateur d’entrer dans une logique particulière, celle du respect de la tradition. Des gestes appliqués et répétés qui deviennent de réels rituels. Des gestes qui vont permettent au spectateur d’appréhender les rites au sens propre qui sont révélés à travers eux.

De la préparation du thé à celle des repas, chaque geste domestique est mis en scène en privilégiant le soin avec lequel la protagoniste s’applique à l’accomplir. Le respect, l’amour et la compassion qu’elle porte à son mari prennent vie au travers de la banalité. La répétition des gestes devient un réel révélateur de l’état psychologique de Hanh. Car quoi qui arrive celle-ci répète ses gestes. Ils permettent dès lors de visualiser la déraison qui l’envahit, ils permettent de comprendre la folie vers laquelle elle sombre peu à peu.

Mais à mesure que ce basculement s’opère, le rituel propre à la tradition s’impose presque tragiquement. La raison et a déraison font alors corps : Nguyen Vinh Son n’apporte aucun jugement sur le comportement de sa protagoniste meurtrie. La folie qui l’habite, empreinte de symbolisme, lui permet, malgré tout, de vivre.

Le point de vue développé est multiple : une série de plans subjectifs suggèrent à la fois regard du spectateur, des esprits de l’au-delà ou encore des voisins constituant un hors-champs critique de la situation … Alors que la durée prime afin d’adhérer au déséquilibre psychologique qui envahit la protagoniste – une durée éprouvante, âprement ressentie par le spectateur –  tandis que celui-ci s’ancre dans la répétition des gestes et dans leurs failles, une réelle dynamique d’ouverture-fermeture est mise en place afin de le renforcer. Le jour et la nuit, la lumière et l’obscurité s’opposent permettant de visualiser plus encore l’état d’esprit de Hanh. Le réalisateur parvient à donner sens aux gestes, qui touchent en plein coeur la protagoniste telle des flèches d’argent.

LA LUNE DANS LE FOND DU PUITS est un film à la poésie rare, dont l’interprète principale, Hong Ahn, est époustouflante. Elle emporte proprement le film dans le domaine de la tragédie la plus sombre.

LA LUNE DANS LE FOND DU PUITS

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Réalisation : Nguyen VINH SON

Vietnam/France – 2008 – 126 min

Drame

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