Lovelace

On 08/01/2014 by Nicolas Gilson

En 1972 un film fait sensation et, en pleine période de libération sexuelle, remporte un succès phénoménal. Considéré à tort comme le premier film pornographique, DEEP THROAT met en scène une dénommée Linda Lovelace dans son propre rôle. Propulsée star, la jeune-femme évoque bientôt l’absence de toute inhibition sexuelle chez elle avant de devenir une vigoureuse militante anti-porno. Jeffrey Friedman et Rob Epstein mettent en scène cette réalité comme un conte de fée qui vire au cauchemar. Ils adoptent un point de vue aussi singulier que déroutant tant leur approche peut paraître superficielle. Mais le titre du film est évocateur : ils s’intéressent avant tout à un personnage.

Lovelace

«  – Who is the real Linda Lovelace ? »

Douce et naïve, Linda vit chez ses parents et autant dire que les règles qui régissent la maison familiale peuvent sembler anachroniques. Aussi c’est sans surprise que la jeune-fille quitte rapidement ce nid qu’elle juge peu confortable et tente de voler de ses propres ailes. Mais faute d’y avoir été préparée, elle ne prend pas garde au loup.

La construction du scénario repose sur deux principaux mouvements. Le premier oscille entre le conte et la légende en dessinant le portrait cheesy de Linda Lovelace et l’aventure de DEEP THROAT. Tout est alors superficiel et léger, presque atmosphérique. Cependant l’apparente superficialité s’effrite ensuite lorsqu’un second mouvement fait tomber les masques et lève le voile, selon le regard unique de Linda Susan Boreman, sur une situation plus complexe.

Le point de vue adopté est-il absolu qu’il trouve son sens : il s’agit du regard, six ans après le succès de DEEP THROAT de la femme sur sa propre situation. L’approche scénaristique tend alors à un portrait simpliste mais efficace d’un drame domestique comme tant d’autres si ce n’est que l’épouse meurtrie s’est retrouvée ici au centre du film qui a marqué l’histoire du cinéma pornographique. Et si nombreuses sont les séquences qui paraissent clichées, sans doute ne le sont-elles pas tant que ça sans quoi il y aurait longtemps que les violences conjugales n’existeraient plus.

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L’objectif des réalisateurs n’est clairement pas celui de faire la pleine lumière sur l’histoire du film légendaire – après tout le documentaire INSIDE DEEP THROAT* est à ce titre incontournable – et, alors qu’ils parviennent à rendre vie au climat d’une époque, ils esquissent, sous le regard de leur protagoniste, la réalité du milieu du cinéma pornographique alors en plein essor. La naïveté de leur approche fait en ce sens judicieusement corps avec celle de Linda. Ils révèlent in fine un personnage et non la personne qui se cache derrière. LOVELACE déçoit alors quant aux attentes que le spectateur peut avoir, mais le film qu’il imagine n’est pas celui pensé par les réalisateurs.

Les choix opérés au niveau de l’approche esthétique confèrent au film une couleur et une sonorité qui transcendent pleinement l’époque où il s’inscrit. La bande-originale est à ce titre enivrante tout comme la photographie dont le grain invite à la nostalgie.

Jeffrey Friedman et Rob Epstein confirment leur acuité à diriger leurs comédiens. Aussi, au-delà de la superficialité de leur approche, ils offrent un formidable spectacle. Loin de toute performance, Amanda Seyfried excelle dans le rôle-titre tout comme Sharon Stone dans le rôle de sa mère. L’interprétation de l’ensemble de l’impressionnant casting est époustouflante.

*INSIDE DEEP THROAT, 2004, Fenton Bailey & Randy Barbato

Lovelace - poster

LOVELACE
♥♥
Réalisation : Jeffrey Friedman & Rob Epstein
USA – 2012 – 92 min
Distribution : Paradiso Films
Drame / Biopic

Berlinale 2013 – Panorama
Film Fest Gent 2013 – Panorama

Linda Lovelace

Lovelace - film

lovelace-linda lovelace

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