Lourdes

On 16/11/2010 by Nicolas Gilson

Jessica Hausner met en scène un film tendre et machiavélique qui envisage la ritualité d’un groupe de pèlerins lors de leur séjour à Lourdes. Sur arrière-fond de foi et de miracle, la réalisatrice dépeint un univers pluriel où s’entremêlent et s’entrechoquent détresse, espoir, humanité, égoïsme et bigoterie. L’approche esthétique est brillante. L’écriture – hormis une séquence dévastatrice – est d’une remarquable finesse. Le respect et le sarcasme s’épousent au point d’engendrer une atmosphère singulière que le spectateur est libre d’interpréter.

La séquence d’ouverture compose une double mise en place. A la fois celle des protagonistes et du spectateur. Un décor simple, rustique et hors du temps de cantine-restaurant au sein duquel se placent peu à peu les différents acteurs du quotidien de Lourdes : des pèlerins aux accompagnateurs, tous prennent place en exacerbant déjà une hypothèse de ritualité. Les gestes répondent d’une étrange logique, empreinte de respect et de stoïcisme. L’austérité du lieu rencontre celle des gens qui y pénètrent. Le rituel d’ouverture est un jeu de communion : celui du repas. Un acte de partage où pourtant une solitude certaine se ressent. Cependant une impression de complicité transparaît : une complicité timide ou forcée, in fine bien maladroite. Très vite la notion de groupe est soulignée, par l’intervention de « l’organisatrice », Mademoiselle Cécile, qui présente le programme – autre objet de mise en place. Déjà les choix esthétiques sont porteurs de sens : le cadrage sera l’élément-clef conduisant à la révélation. Les gestes et les regards engendrent un sous-texte qui s’avère générateur de sens. Et si une protagoniste s’impose comme principale – Sylvie Testud, incroyable – Jessica Hausner esquisse déjà une galerie de portraits pleine criante de vérité(s).

La notion de ritualité n’a de cesse d’être exacerbée : à la mise à nu des gestes s’ajoute l’autopsie des rites religieux liés au pélerinage. Celle-ci est envisagée avec beaucoup de respect mais aussi avec ironie. Un paradoxe qui témoigne de la richesse de l’approche.

Si la qualité de la photographie et du montage est indéniable, l’écriture du film et la mise en scène sont admirables. La caractérisation des différents protagonistes est délicieuse. L’interaction, quelque fois minime entre les différents acteurs, est un réel révélateur. L’action au second plan engendre très souvent un contre-point intelligent. Jamais LOURDES n’est misérabiliste malgré le désarroi qui anime la plupart des protagonistes. Le regard porté n’est aucunement jugeur ou vindicatif : il s’agit de rencontrer des gens au travers de leur propre révélation, de leur évolution.

Qu’importe que le spectateur croie ou veuille croire aux miracles, en Dieu, en rien. Il s’agit d’humanité. Une humanité à la fois transcendée et mise à mal par l’approche esthétique et la direction d’acteur.

Il est question de parcours. Celui de la protagoniste principale et en parallèle de l’ensemble du groupe. Un parcours pluriel : celui tant du pèlerinage en tant que tel que de la vie, du quotidien, indirectement évoquée à travers lui. Et malgré une envolée romantico-romanesque au sein du récit filmique, l’évolution narrative mise en place est brillante.

Les choix musicaux répondent également à la double logique du respect et de l’ironie, du premier et du second degré : LOURDES s’ouvre ainsi sur l’« Ave Maria » et se clôt sur « Felicita ». Un petit délice en soi alors que la musique engendre à son tour un contre-point tantôt doux, tantôt cruel.

LOURDES
♥♥♥
Réalisation : Jessica HAUSNER
Allemagne / France – 2009 – 101 min
Distribution : BFD
Drame
EA

FIFF 2010 – Regards du Présent

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