Critique : Lou ! Journal infime

On 01/10/2014 by Nicolas Gilson

S’improvisant réalisateur, Julien Neel adapte au grand écran sa bande-dessinée « Lou ! ». Après avoir pris vie en animation pour la télévision, son héroïne est maintenant de chair et son univers fantasque matérialisé. Une fausse bonne idée, du moins en l’état. Le film, d’une mièvrerie improbable malgré quelques insufflations étonnantes, est à la frontière du pastiche sans que son caractère kitsch et artificiel ne soit digeste.

Imaginative, Lou vit avec sa mère Emma, célibataire et dépressive – une traductrice freelance passionnée de jeux vidéos. Obnubilée par l’amour de sa vie qui vit en face de chez elle, la jeune adolescente se dispute avec sa meilleure amie, sa complice de toujours. Alors que mère et fille cherchent leur épanouissement personnel – et amoureux – débarque la mère d’Emma, redoutée et désagréable matriarche.

Lou journal infime

Le générique d’ouverture esquisse l’univers de Lou tout en permettant une transition entre la bande-dessinée, l’animation et le cinéma de fiction. Alors que la tonalité amuse, au fil des pages et des photos d’un journal coloré et bricolé, l’enfance du personnage se déroule. Le mise en place est efficace – si Lou nous est inconnue, elle devient intime – mais conduit, lorsque l’action s’installe, à un éprouvant encadrement en voix-over. Au fil de lancinantes interventions, la (toute) jeune fille ne cesse de se raconter et de commenter ce qui est pourtant intelligible. Si ce choix permet de fondre notre regard à celui de l’héroïne, l’astuce est vulgaire et ne parvient pas même à donner à l’ensemble le moindre rythme. Cet élément – neuneu et sans volume – résume à lui seul la pauvreté de la construction scénaristique.

Comme le (sous) titre l’indique, LOU est un JOURNAL INFIME – le jeu de mot résumant in fine l’intérêt du film – aussi l’emploi d’une voix-over se justifie. Toutefois le procédé s’avère d’autant plus assommant que le réalisateur s’émancipe allègrement de cette unicité de point de vue enchaînant les séquences comme autant de vignettes dont d’autres protagonistes deviennent les héros – outre la mère de Lou, évoquons son chat qu’on oublie bien vite ensuite.

Le scénario se compose d’une succession de sketchs de qualité inégale. Certaines scènes font sourire – voire rire – et d’autres sont tellement excessives et balourdes qu’elles en deviennent embarrassantes. L’ensemble s’avère tellement artificiel que le film se transforme un petit théâtre distancié voire grotesque (à l’image de celui créé par Lou depuis l’enfance). La caractérisation des personnages, les décors et les costumes sont outranciers basculant irrémédiablement vers le ridicule en lieu et place du caractère « désopilant » et « décalé » clairement visé.

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Malgré la présence au générique de Ludivine Sagnier, Nathalie Baye ou encore Julie Ferrier, LOU ! agace, irrite et déçoit. A quelques rares exceptions, le jeune casting est affligeant à l’instar de Lola Lasseron qui interprète Lou. Si les capacités de Julien Neel à diriger ses acteurs peuvent être mises en cause, des aspects techniques – dont la responsabilité lui incombe au final – posent question. Le son notamment qui est tellement artificiel qu’il conduit à la désagréable impression d’un collage en post-synchronisation de nombreux dialogues. Un sentiment renforcé par le fait qu’aucune différence d’intonation entre la voix-in et over de l’héroïne n’est perceptible.

Sans doute mal entouré – mal conseillé, Julien Neel signe un film décevant tant il ne parvient pas à s’approprier le médium cinématographique et ses codes. Pourtant quelques séquences valent le détour telle la projection en animation de l’imagination de la mère de Lou lorsqu’elle invente le personnage de « Sidera ». D’un kitsch absolu – et assumé – les épisodes mettant en scène le récit écrit par la protagoniste est un clin d’oeil à une kyrielle de dessins-animés des années 1980. Cette rencontre impayable entre Goldorak et les Petits Poneys proprement jubilatoire. Néanmoins ici aussi l’aboutissement est grotesque car il donne une image troublante de la femme objectualisée et érotisée à outrance par elle-même, et qui n’envisage comme seul épanouissement personnel que d’être en couple.

Un message qui laisse quelque peu dubitatif tant il s’avère être le lot de chacun des protagonistes. Cependant Julien Neel tente une pirouette en ouvrant son petit monde à une certaine pluralité des genres.

Lou journal infime

LOU, JOURNAL INFIME

Réalisation : Julien Neel
France – 2014 – 104 min
Distribution : Cinéart
Comédie

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