Critique : Los amantes pasajeros

On 22/03/2013 by Nicolas Gilson

Comédie légère et loufoque assumée comme telle, LOS AMANTES PASAJEROS est un séduisant divertissement qui n’atteint jamais la force des premières réalisations de Pedro Almodovar avec lesquelles il semble pourtant renouer.

Los amantes Pasajeros - I'm So Excited

En entamant son film par un avertissement, le réalisateur semble donner le ton : LOS AMANTES PASAJEROS n’est qu’une pure fiction, une fantaisie qui ne réfère pas à la réalité. Pourtant, étrangement, à mesure que son intrigue se développe, c’est bien de celle-ci dont il est question – celle qui lui a échappé, peu à peu, depuis TODO SOBRE MI MADRE. Car l’ingrédient qui donne du volume à sa comédie est justement de créer du contraste et de s’émanciper de la réalité (politique et sociétale), sans l’oublier pour autant. Curieux paradoxe qui apparaît alors rapidement arrondir les angles et justifier la légèreté pourtant évidente du projet…

Le scénario est simple voire simpliste. Un avion en partance pour le Mexique est contraint de stagner dans les airs dans l’attente qu’une piste d’atterrissage se libère en Espagne dont il est parti car une défaillance technique a été repérée. Les passagers de la classe économique ont été drogués afin d’éviter la panique. Voilà qui est d’une grande commodité pour réduire le petit théâtre avec lequel s’amuse Pedro Almodovar à une dizaine de protagonistes et en trois principaux espaces-lieux (la cabine de pilotage, le galley réservé aux stewards et la Classe Affaires).

L’intrigue prend place après un amusant générique animé aux colorations rétro, un avant-propos justifiant la défaillance technique dont le seul intérêt est de mettre en scène Antonio Banderas et Penelope Cruz – et qui se moque habilement de l’importance donnée aux réseaux sociaux (ah, cette réalité dont Almodovar ne parle pas) – et le démarrage « hypnotisant » de l’hélice du moteur de l’avion (comme pour être sûr qu’aucun doute ne subsiste : oui, LOS AMANTES PASAJEROS est une fiction).

Los amantes Pasajeros - Almodovar

Une séquence truculente lors de laquelle le personnel navigant donne les consignes de sécurité sur un ton plus que blasé (référence à la réalité – rituelle – du quotidien de ce personnel) sert de rencontre avec les stewards et l’une des passagères dont la douce folie s’impose d’emblée. Avec économie, le ton est ensuite donné mêlant comédie et suavité (un gros plan sur l’entrejambe d’un jeune-homme en érection assoit cela avec aisance). Peu à peu les personnages sont mis en scène et rapidement le prétexte au singulier huis-clos est dévoilé.

Si l’ensemble manque de rythme et semble bien sage, quelques situations et surtout la richesse des dialogues font mouche. Les protagonistes sont caricaturé à dessein et laissent à penser aux personnages des premiers films du réalisateur dont l’explosivité manque ici cruellement. Alors que la ligne narrative s’épuise inexorablement (avec une déplorable mise à mal du huis-clos), lorsque le personnel cherche à distraire les passagers, c’est Almodovar qui apparaît chercher à exciter l’attention du spectateur tout en faisant référence à l’effervescence des années 80 notamment avec le cocktail « agua de Valencia » ou la mescaline.

La sexualité est l’un des moteurs du film. Lien « social » ou/et désir, elle finit par réunir l’ensemble (ou presque) des protagoniste dans un mouvement dont la liberté est jouissive. Une liberté atteinte néanmoins grâce à des substances désinhibantes… D’entrée de jeu, Almodovar s’amuse avec l’homosexualité de l’équipe de stewards qui compose un trio souvent très drôle dont la force repose sur la complicité amicale. Le réalisateur joue avec des clichés éculés sans tomber pour autant dans la pleine caricature. Plus encore, il met rapidement à mal l’espace apriori masculin de la cabine de pilotage : le pilote sortant avec l’un de steward (sans toutefois réellement l’assumer), le copilote tentant de se persuader de son hétérosexualité. Un des intérêts du film se dessine alors : dans l’Espagne d’aujourd’hui, chez le réalisateur, l’homosexualité (comme la liberté féminine) est une donnée normale. Une des clés du film est ainsi la légèreté qui découle de l’affranchissement des dictats sociétaux contre lesquels Almodovar s’est auparavant battu avec une fougue singulière (tantôt hystérique, tantôt poétique) – mais bon, le film ne réfère pas à la réalité.

Les amours passagers - los amantes pasajeros

Le casting qui embarque à bord de cette aventure farfelue est majestueux : tous les comédiens parviennent à jouer sur un double registre, flirtant habilement avec l’exagération. Ils insufflent vie à leur personnage dans des gestes, des attitudes et des regards que le réalisateur capte avec acuité.

Pedro Almodovar met en scène ce petit théâtre de manière souvent frontale en étant au plus proche de ses protagonistes. L’espace-même de l’avion imposant cette contrainte dont le réalisateur s’émancipe ponctuellement bien que partiellement. Le décor, les costumes et les accessoires participent à la coloration doucement loufoque de l’ensemble. Sans crainte, il enrobe son film de morceaux musicaux qui évoque une certaine nostalgie et donnent une identité au film tout en participant à l’évolution « psychologique » – en tant soit peu qu’il y en ait vraiment une – des protagonistes. Almodovar est un habile chef d’orchestre et signe une réalisation soignée au point d’apparaître par moment aussi lisse et efficace qu’un film publicitaire (d’ailleurs les inserts promotionnels semblent évidents).

A noter que si la réalité ne l’intéresse pas, il filme l’intérieur d’un aéroport vide qu’il sublime littéralement : il en capte l’intensité et, un instant, le film bascule tant la mise en scène conduit à de surprenantes sensations.

Los Amantes Pasajeros - Pedro Almodovar

LOS AMANTES PASAJEROS
I’M SO EXCITED
♥(♥)
Réalisation : Pedro ALMODOVAR
Espagne – 2013 – 92 min
Distribution : Alternative Films
Comédie

Los amantes pasajeros - affiche - poster

Los Amantes Pasajeros

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