Looking For Eric

On 10/06/2009 by Nicolas Gilson

« Eric Bishop, postier à Manchester, traverse une mauvaise passe. Malgré la joyeuse amitié et la bonne humeur de ses collègues qui font tout pour lui redonner le sourire, rien n’y fait… Un soir, Eric s’adresse à son idole qui, du poster sur le mur de sa chambre, semble l’observer d’un oeil malicieux. Que ferait à sa place le plus grand joueur de Manchester United ? »

ONIRISME SOCIAL, REALISME VIVIFIANT

Avec Looking For Eric, Ken Loach parvient à lier deux réalités fortes à la fois antagonistes et intimement liées : la joie et le désespoir. Il met en scène l’infime élément qui engendre le basculement de l’un à l’autre. L’irrationalité des sentiments prend vie et nous transporte littéralement. Sans le moindre misérabilisme le réalisateur nous confronte au quotidien d’un homme ordinaire de Manchester qui est dépassé par se propre vie au point d’être las de tout et surtout de lui-même. Mais si le film s’ouvre sur ce constat bien sombre, la légèreté et l’espoir s’imposent avec une radicalité vivifiante. Deux hypothèses n’ont de cesse de dominer le film : l’humour, salvateur, et la candeur, exaltante.

Si la justesse du scénario est à souligner, il est indéniable que la force qui en émane provient de la coexistence entre un réalisme radical et un caractère décalé proprement fantasmagorique. Alors que le premier est devenu le cachet même de l’univers cinématographique du réalisateur, le second permet l’établissement d’une complicité entre le spectateur et le protagoniste principal tout en mettant en place une distanciation nécessaire. Cette notion de complicité n’est d’ailleurs pas uniquement établie entre le spectateur et le protagoniste : elle est le réel leitmotiv du film et, plus encore, elle est le moteur même de tous les rapports humains qui se tissent à l’écran.

Pourtant d’entrée de jeu cette complicité semble impossible : la radicalité avec laquelle nous sommes confronté au désarrois du personnage est telle que nous sommes dans une position d’observateur chétif et incrédule. Cependant jamais nous ne sombrons dans le misérabilisme alors que nous sommes pourtant à la frontière de celui-ci. L’espoir est rapidement au rendez-vous. Il se démultiplie rapidement au travers d’une légèreté dont le contraste est porteur de sens. Cette légèreté provient d’abord de l’idée de complicité mais se trouve à la fois soulignée et engendrée par la musique originale. A la fois atmosphérique et conditionnante, elle contribue à l’établissement tant de la candeur du regard du réalisateur sur son protagoniste qu’à la mise en place d’un univers proche du burlesque.

L’élément fort du film provient de la visualisation du délire mental du protagoniste permettant l’établissement d’une réelle complicité. Le basculement vers ce délire se fait au travers d’une adresse directe à la caméra. Alors que le protagoniste parle au poster d’Eric Cantona, il semble s’adresser à nous : son idole apparaît alors et la surprise que cela engendre s’avère commune. Nous pénétrons dans l’intimité d’un dialogue onirique qui devient une réelle introspection. Ce basculement conduit alors à un autre, celui du changement où les gestes mis en scène sont porteurs de sens.

Cette dynamique entre l’onirisme et le réalisme donne à la réalisation une force duale impressionnante : celle magique de l’espoir et du pragmatisme.

LOOKING FOR ERIC
***
Réalisation : Ken LOACH
Royaume-Uni/France/Belgique/Espagne – 2008 – 119 min
Distribution : Cinéart
Comédie
Enfants admis

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