Lone Ranger

On 05/08/2013 by Nicolas Gilson

Film d’aventure rocambolesque, LONE RANGER séduit et amuse tout en attestant d’un désolant manque de rythme. Gore Verbinski y dirige à nouveau Johnny Depp dans un rôle taillé sur mesure par trois des auteurs de la saga (interminable) de PIRATES DE CARAÏBES (Justin Haythe, Ted Elliott et Terry Rossio).

Lone Ranger - Johnny Depp

Exposé dans un musée itinérant, Tonto (Johnny Depp), un noble sauvage, conte à un garçonnet curieux le récit du myhtique « Lone Ranger » alias John Reid (Armie Hammer). Fraîchement nommé procureur d’un bled en plein développement ferroviaire, celui-ci se retrouve au coeur d’une aventure où il va devoir porter un choix et se révéler à lui-même. Tonto dévoile peu à peu à un gamin moins crédule qu’il n’y parait (puisqu’il n’hésite pas à remettre en cause son discours) comment l’homme de justice est devenu un légendaire justicier.

Méconnu en Europe, Lone Ranger est le héros d’une série télévisée américaine qui a eu ses heures de gloire avec près de 3.000 épisodes dans les années 1950 – adaptation d’un roman radiophonique à succès du début des années 1930. Mais si contrairement au gamin qui ouvre le film de Gore Verbinski nous ne connaissons pas John Reid – le ranger solitaire – il est aisé d’adhérer à un hypothétique mythe du rebelle masqué épris de justice.

D’entrée de jeu, le film fait preuve d’un ton léger et distancié empli d’humour. Le duo gagnant (payant?) de PIRATE DES CARAIBES Depp-Verbinski ne cherche-t-il pas avant tout à s’amuser ? L’acteur revêt un nouveau grimage et devient un joyeux bouffon, complice du spectateur. Une variante qui lui offre ici la possibilité de composer deux personnages puisqu’il est tout à la fois le « noble sauvage » qui conte le récit et l’un des protagonistes qu’il met en scène – prétendument ce même noble sauvage dans sa jeunesse.

Plus que de tremplin à une mise en abyme permettant tout à la fois d’esquisser l’hypothèse de l’adaptation et d’imposer le « Ranger masqué et solitaire » comme un mythe avéré, la séquence d’ouverture est une première critique toute sarcastique du traitement réservé au début du siècle passé aux amérindiens alors que le « noble sauvage » est exposé tel un animal. L’homme objet prend vie et devient homme sujet : l’individu générique est non seulement muni d’un nom mais – nous allons le découvrir – n’est autre que celui qui a permis le transformation de John Reid en « Lone Ranger ».

THE LONE RANGER

Cette transformation est le coeur des aventures auxquelles Gore Verbinski nous convie et qui mettent en scène, derrière l’amusement et les effets, l’action et l’humour, une critique acerbe d’une certaine société américaine où la cupidité et la corruption font loi. Rien de neuf peut-être mais la surprise est de pouvoir considérer le virulent discours sous-tendu dans un pur divertissement (Disney) comme universel et contemporain. Le spectateur n’est-il pas invité à devenir lui aussi un justicier à l’instar de l’(anti)héros mis en scène ?

Car si Tonto est à dessein présenté comme un illuminé, le bouffon garant de la complicité et de l’amusement, John Reid est loin d’être épargné. Homme de loi pour qui la justice prévaut, il est présenté comme naïf et d’emblée moqué tant par les gangsters que les rangers, les vrais hommes qui flairent bon la transpiration et rient de ses bonnes manières. La caractérisation des personnages est à dessein caricaturale et permet d’assoir le ton général auquel tend le film. Distanciation et complicité trouvent ici leur source : nous rions tout à la fois des et avec les protagonistes.

Sans doute scénaristes et réalisateur (à l’exemple des comédiens dont le jeu est intentionnellement exagéré) auraient-ils gagné à noircir le trait, à jouer sans crainte la carte du pastiche, à assoir dans la continuité un ton pourtant mis en place tant l’approche témoigne au final d’un curieux classicisme. Ponctué de situations ou répliques délicieuses, LONE RANGER manque cruellement de rythme et, embourbé dans de cruelles longueurs, ne cesse de s’essouffler.

Habile artificier, Gore Verbinski manie avec brio les effets tant visuels que sonores (et musicaux) sans pleinement capter notre attention. Un constat d’autant plus désolant qu’il parvient ponctuellement à nous exciter notre curiosité au-delà du pure conditionnement – les sons et la musique devenant alors autant d’éléments de complicité ou de distanciation humoristique. Néanmoins quelques séquences, pleinement décalées, s’imposent comme succulentes à l’instar d’une course-poursuite en train proche du burlesque !

Lone Ranger - affiche

THE LONE RANGER
LONE RANGER, NAISSANCE D’UN HEROS
♥(♥)
Réalisation : Gore Verbinski
USA – 2013 – 149 min
Distribution : Disney
Aventure / Comédie / Action / Western

Lone Ranger

THE LONE RANGER

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