Lola

On 15/08/2012 by Nicolas Gilson

Tourné en 1960, le premier long-métrage de Jacques Demy condense déjà les grandes lignes de son cinéma. LOLA, qui signe une rencontre fortuite avec Michel Legrand, préfigure la musicalité qui sera celle du réalisateur, atteste du soin qu’il accorde à la mise en scène et témoigne de l’importance qu’il donne à la dramaturgie. Redécouvrir LOLA permet aussi de se rendre compte de la photographie de la société que Demy a alors immortalisée.

Indéniablement, la version restaurée de LOLA est un travail d’orfèvre. Alors que le négatif original a brûlé vers 1970 – de même que le son optique et l’internégatif –, c’est une entreprise de longue haleine qui a conduit à un résultat spectaculaire. De la création d’un nouvel internégatif en 2000 à une restauration complète, image par image, en 2012, le film est maintenant entièrement numérisé – ce qui en permet la diffusion – et une nouvelle copie 35mm est archivée.

Avec LOLA, c’est une époque qui revit : à la fois celle du début des années 60 et celle, toute cinématographique, des balbutiements de la Nouvelle Vague. Jacques Demy a immortalisé un mouvement générationnel en magnifiant la figure féminine dont il annonce l’indépendance. Si elle attend l’amour, la femme – qu’il s’agisse de Lola, de Madame Desnoyers, de la tenancière du café ou de la mère de Michel – est maîtresse de sa vie. Plus encore, la jeune Cécile Desnoyers préfigure les libertés à venir. Derrière la ligne narrative – dont Demy maîtrise la complexification malgré un étrange rapport au temps – les décors, les dialogues et les usages sont devenus autant de témoignages du réalisme dont fait preuve le réalisateur.

Pourtant une certaine artificialité est palpable – qu’il s’agisse du cabaret où travaille Lola, des marins américains*, de l’écriture affutée de certaines répliques, des rebondissements narratifs in fine secondaires,… – mais celle-ci sert de contraste révélateur. Après tout, une des répliques du film ne dit-elle pas que le cinéma « c’est la vie, c’est pareil » !

La musique originale de Michel Legrand côtoie celle de Beethoven, Bach, Mozart,… et la singularité de l’emploi de la musique est déroutante. Si bien que LOLA puisse déjà apparaître comme un film musical. Certaines séquences sont magnifiées par la musique à l’instar de l’ouverture du film. Plus que mettre en place une dynamique et camoufler une postsynchronisation du son qui s’est alors avérée nécessaire, la musique fait sens. Simplement. Elle participe à la composition d’une oeuvre originale.

Le temps au sein du film est à la fois important et secondaire. L’intrigue se tient sur quelques jours. Une brève durée qui permet d’exacerber les rebondissements et le suspens qui en découle. La quotidienneté mise en place semble tronquée dans une défilement des heures quelque peu incongru, mais Jacques Demy maîtrise à la perfection la gestion du temps dans le montage de la séquence finale – une mise en parallèle qui unit les protagonistes et exacerbe le stress alors vécu par le spectateur qui, rempli de palpitations, ne peut que se prendre au jeu.

De l’interprétation d’Anouk Aimée à la photographie de Raoul Coutard, LOLA ne peut qu’impressionner le spectateur qui (re)trouvera de-ci, de-là, les signes d’un cinéma à venir.

LOLA
♥♥♥
Réalisation : Jacques Demy
France – 1961 – 86 min
Distribution : Sophie Dulac Distribution / Galeries Cinéma
Comédie dramatique

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