Critique : Locke

On 30/09/2014 by Nicolas Gilson

Porté par l’interprétation admirable de Tom Hardy, LOCKE, le second long-métrage de Steven Knight, est un huis-clos bouleversant qui prend place dans l’habitacle d’une voiture. Dans la peau d’un chef de chantier qui décide de faire face aux responsabilités d’une paternité non désirée, l’acteur témoigne d’une sensibilité troublante.

locke - tom hardy

Lorsqu’Ivan Locke monte ce soir-là dans sa voiture, il est censé aller regarder un match de football avec son épouse et ses enfants. Mais une fois arrivé à un carrefour, il se montre hésitant. Alors que le GPS lui rappelle qu’il doit tourner à droite pour rejoindre sa famille, il tourne soudainement à gauche. Il quitte Birmingham et prend la direction de Londres. La raison de son trouble s’impose rapidement : l’homme décide de faire face aux conséquences d’un adultère qu’il a commis quelques mois auparavant et qui le conduit à être bientôt père une nouvelle fois.

Déterminé à affronter ses responsabilités, il tente d’assurer la pérennité de son travail tout en avouant à son épouse la cause de son absence. Alors que l’homme a toutes les raisons de faire demi-tour, il prend le risque de tout perdre car il s’est promis de ne jamais ressembler à son propre père qui jadis l’abandonna.

Respectant une complète logique de huis-clos, Steven Knight signe un scénario haletant. Il met en scène un protagoniste qui se met à nu tant vis à vis des ses proches que de lui-même. Nous devenons les témoins de son trouble, de ses doutes et de sa volonté d’être honnête vis à vis de tous et de lui-même. Steven Knight complexifie ardemment la ligne narrative. Non seulement c’est à la veille de la plus importante journée de sa carrière qu’Ivan Locke se retrouve au pied du mur mais, qui plus est, cette soirée coïncide avec un événement familial attendu par tous.

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Décidé à suivre, pieusement, la route qui le conduit vers l’enfant dont il veut assurer la paternité, Locke tente d’assurer par téléphone le suivi du chantier – obligeant son collègue à prendre des précautions qu’il n’a paradoxalement pas anticipé – et entame un dialogue avec son épouse à qui il refuse de taire les raisons de son absence. Le personnage évolue, enfermé avec lui-même, au fil de ses échanges téléphonique et d’un dialogue avec lui-même lorsqu’il s’adresse au père dont l’absence l’a hanté jusqu’à présent.

Si Steven Knight signe une réalisation quelque peu esthétisante, il parvient à dynamiser sa mise en scène et à conférer à l’ensemble un rythme intelligent. Il tire les contraintes de cadre à son avantage, travaillant plusieurs valeurs de plan et mettant en place un jeu entre l’intérieur et l’extérieur de l’habitacle. Il joue presque par fatalité avec les effets de reflets (sans doute abusivement) tout en modulant son montage : il recourt tantôt à des fondus enchaînés, tantôt à des ouvertures sur la route qui devient bientôt synonyme du parcours – à la fois concret et symbolique – du protagoniste.

La prestation de Tom Hardy est un véritable tour de force. Celle-ci est-elle incontestablement remarquable qu’elle est nourrie par l’ensemble du casting « off » dont l’émotion ou l’interrogation est palpable sur la simple base de leur timbre de voix.

Locke

LOCKE
♥♥
Réalisation : Steven Knight
Royaume-Uni / USA – 2013 – 85 min
Distribution : ABC Distribution
Drame

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