Critique : Lilting

On 21/10/2014 by Nicolas Gilson

Après s’être notamment intéressé aux pulsions sexuelles dans son court-métrage SPRING, Hong Khaou met en scène un premier long-métrage sensible et délicat où il envisage le deuil sous un double regard. Au fil de son développement, LILTING tisse une relation triangulaire dont l’un des acteurs est pourtant absent. Décédé récemment, Kai hante les pensées de sa mère Junn et de son petit ami Richard qui, faute d’avoir jamais été présentés officiellement, ne peuvent panser communément leur plaie. Le film conte une rencontre apriori impossible et néanmoins nécessaire.

Lilting Kai Raichard

Junn a été placée par son fils en maison de repos. Enfermée dans un espace figé dans le temps qu’elle n’apprécie guère, elle vit d’autant plus mal cette situation qu’il lui est impossible de communiquer avec son entourage. Immigrée sino-cambodgienne, elle maîtrise six langues mais n’a que quelques rares notions d’anglais. Les visites de son fils sont sa libération. Cependant, celles-ci appartiennent maintenant à ses fantasmes. Kai est mort et Junn semble condamnée à revivre sans cesse leur dernière rencontre.

En couple depuis plusieurs années avec Kai, Richard est au yeux de Junn l’ami qui lui a volé son fils. Un ami simplement. Rien de plus. Kai n’a jamais avoué à sa mère la nature de sa relation avec Richard et n’a dès lors jamais pu lui expliquer pourquoi il ne lui était pas possible de l’héberger chez lui. Il voulait le faire, il devait le faire mais le destin l’en a empêché. Une situation qui étouffe maintenant avec force Richard qui ne peut partager ouvertement sa détresse avec Junn. Revivant sans cesse lui aussi ses derniers échanges avec Kai, il rend visite à sa mère et cherche à dépasser la froideur dont elle témoigne à son égard. Découvrant qu’elle entretient une idylle avec l’un des pensionnaires, Richard décide d’engager une traductrice afin de simplifier les échanges entre les tourtereaux. Une traductrice qui lui offre aussi – et surtout – la possibilité d’entamer un dialogue avec Junn.

Lilting Junn

Hong Khaou tend à fondre le spectateur au ressenti tant de Junn que de Richard. L’espace de chacun tient une grande importance, l’un et l’autre tendant de préserver son territoire – et ce même si celui de Junn est en partie rejetée par elle. Il s’agit là du dernier espace où il ont vu, senti et touché Kai. Un espace qu’il hante d’ailleurs par vagues répétitives.

Si l’écriture du scénario est indéniablement superficielle, Hong Khaou semble suspendre le temps et se concentre sur la douleur et l’isolement dans lesquels sont pareillement plongés Junn et Richard. L’un et l’autre sont enfermés dans un espace où vit, revit Kai. Ils partagent aussi une même culpabilité et une même jalousie. Se concentrant sur ces sentiments et sur l’absence engendrée par une mort soudaine, le réalisateur tisse proprement un récit sensuel au coeur duquel ses protagonistes apprennent à dire au revoir à celui qui fait battre leurs coeurs.

Lilting affiche

LILTING
♥(♥)
Réalisation : Hong Khaou
Ryaume-Uni – 2014 – 91 min
Distribution : ABC Distribution
Drame

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