Lettre Ouverte à Marion Cotillard

On 23/11/2016 by Nicolas Gilson

Chère Marion Cotillard,

À l’hiver de cette année 2016, au regard de votre filmographie récente, je comprends enfin que, contrairement à ce dont j’étais persuadé, vous n’êtes pas la raison de nos malheurs mais un instrument trop bien accordé. Si je n’ai pas toujours été tendre avec vous par le passé, il me faut aujourd’hui faire face à une troublante réalité : vous êtes une actrice brillante qui se plie entièrement aux exigences de son metteur en scène.

Cependant je crains que votre réplique finale dans ALLIED ne devienne l’objet de critiques acides alors que vous tentez simplement de prononcer les mots, toutefois inutiles, qu’exige de vous Robert Zemeckis. Votre regard suffit pourtant à impressionner nos sens malgré une mise en scène artificielle et prétentieuse, et un partenaire à ce point figé que l’on doute de son existence.

Je dois avouer que vous voir décrocher l’Oscar de la meilleure actrice pour LA MOME de Olivier Dahan me reste en travers de la gorge tant je trouve cette production déplorable. Certes cela saluait bien des sacrifices de la série télévisée « Extrême Limite » aux opus de TAXI en passant par DIKKENEK dont les Américains n’avaient, je présume, aucune conscience – et peut-être est-ce heureux.

Quelques années après m’être demandé ce que vous aviez à défendre dans BIG FISH, je fus triste de vous découvrir vulgaire faire-valoir dans PUBLIC ENEMIES ou INCEPTION, et j’ai eu bien du mal à ne pas rire devant NINE de Rob Marshall – mais pour le coup la catastrophe était générale. Pourtant conscient des limites de Christopher Nolan et de son goût pour la surenchère, je n’étais pas le dernier à me moquer de votre mort dans THE DARK KNIGHT RISES. Bref, vous fûtes un clou sur lequel j’aimais taper. Bref, votre ascension hollywoodienne me laissait pantois.

Vinrent DE ROUILLE ET D’OS et DEUX JOURS, UNE NUIT que me firent énormément rire alors que d’autres ont sans doute pleuré devant ce pathos follement exacerbé. Avions-nous rendez-vous chaque année au Festival de Cannes qu’il m’est arrivé de vous faire faux-bond préférant dormir plutôt que de me risquer à découvrir THE IMMIGRANT de James Gray. J’ai vomi MACBETH de Justin Kurzel en vous y trouvant néanmoins fascinante en projection fantasmagorique. Aussi iconique puissiez-vous être il me plaisait de retenir de vous le détournement d’une de vos tenues en volant de badminton.

Et puis, soudain, j’ai cru sombrer dans la folie lorsque, en mai dernier, vous avez provoqué en moi un profond émoi – et même des larmes sincères – devant MAL DE PIERRES de Nicole Garcia. Vous offriez au film le romanesque qui lui était nécessaire. Mais ma propre explication était rapidement mise à mal lorsque je vous ai retrouvée dans JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan : aussi détestable puisse (me) paraître le film, vous y étiez prodigieuse.

Autant dire que j’étais curieux de découvrir ALLIED tant la bande-annonce semble vous offrir un rôle important – passons sur la promotion qui nous prend pour des ânes et dévoile les maigres enjeux du film. Si le film flirte avec le ridicule, vous le sauvez du naufrage. Cependant, j’éprouve beaucoup de peine à songer au temps que vous avez sacrifié pour un tournage sur lequel vous avez dû vous sentir bien seule dès que Brad Pitt parlait en français… Et je trouve que vous êtes bien bonne de participer au marathon de promotion d’un tel navet dans lequel vous prouvez toutefois que vous êtes l’égale d’une Lauren Bacall – et je ne dis pas ça pour la différence d’âge avec votre québécois.

Cordialement,

Nicolas

Marion Cotillard César 2015 DIE FRAU IM MOND Marion Cotillard - Deux jours, une nuit Marion-Cotillard-Michael-Fassbender-Macbeth Marion Cotillard

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