L’Etrange Affaire Angélica

On 12/04/2011 by Nicolas Gilson

Censé se dérouler dans le Portugal contemporain, L’ETRANGE AFFAIRE ANGELICA nous confronte à la rencontre singulière entre un jeune homme et une jeune femme qui, bien que morte, lui apparaît vivante sur les clichés photographiques qu’il fait d’elle.

Dans quel espace-temps Manoel De Oliveira nous emporte-t-il ? D’emblée la ligne narrative manque cruellement de cohérence. Un homme est à la recherche d’un photographe pour immortaliser, une ultime fois, une jeune femme qui vient de rendre son dernier souffle. Le photographe du village est absent mais un passant renseigne l’adresse d’un jeune homme, immigré juif, qui est photographe. La voiture se met en route vers chez sa logeuse qui, au vu de l’influence de la famille endeuillée, insiste fortement auprès du jeune homme pour qu’il se hâte de s’y rendre.

Nous sommes dans le Portugal reculé d’aujourd’hui. Un Portugal où circulent des voitures modernes mais où personne, dans une famille richissime ne possède un appareil photo. Un Portugal où le temps semble s’être arrêté dans l’après-guerre. Un Portugal conventionnel. Mais encore faut-il accepter cette convention. Car celle-ci ne cesse de se démultiplier tant les éléments qui sont en marge de la crédibilité temporelle. De Oliveira met ici en scène un scénario qu’il a écrit en 1952 mais le travail apporté à l’écriture afin de le fondre à l’époque actuelle ne fonctionne pas. Péniblement pas.

Le héros semble tout droit sorti des années quarante. Son costume et son espace de vie en témoigne indéniablement. Tout comme l’ensemble des protagonistes en fait. Ce sont les éléments matériels extérieurs qui jurent avec la potentialité de la reconstitution d’une époque – d’ailleurs niée par le réalisateur qui soutient mettre en scène un récit contemporain. Mais si la caractérisations des protagonistes peut être pleine de sens, elle renvoie à une époque révolue qui, bien qu’elle puisse trouver un écho dans le monde d’aujourd’hui, est en décalage complet avec la réalité.

Un film peut certes être intemporel, mais le manque de cohérence spatiotemporelle du scénario ne permet pas de prétendre à cette intemporalité. Le film aurait été réalisé il y a tantôt soixante ans que ce jugement bien négatif n’aurait pas lieu.

Les thématiques que Manoel De Oliveira développe sont de deux ordres : d’une part la mise en scène du rêve et du fantasme amoureux – conduisant à la perdition de l’âme, et de l’autre le passage d’une culture à une autre ; la perdition de la tradition en faveur de la mécanisation – une perdition déplorée de manière plurielle.

Aucune finesse dans la direction d’acteur. Tous les comédiens sont à la limite du surjeu quand ils ne plonge pas dedans, à l’instar de Ricardo Trêpa qui incarne un bien triste héros. Nous ne cessons dès lors d’être mis à distance d’un récit qui devrait être sensible et sensitif. Pourtant la fusion s’opère ponctuellement au niveau esthétique lorsque le réalisateur nous fond à la perception de son protagoniste principal. Notre regard devient ponctuellement sien. Nous pénétrons son esprit. Mais cela est vain, caduc tant la lourdeur de l’ensemble de l’approche s’impose comme pénible.

Rarement le temps ne nous paraît si long.

L’approche photographique est duale. Si elle est souvent vecteur de sens – De Oliveira n’ayant pas peur de la fixité des plans pour que les éléments se révèlent d’eux-mêmes, recourant à la pétrification photographique… – elle est également un des moteurs de l’incohérence narrative – l’exemple du plan suréclairé sensé démontrer le manque effectif de lumière (lorsque le photographe doit prendre le fameux cliché déclancheur de sa folie) s’impose comme désolant …

Si nous y adhérons, O ESTRANHO CASO DE ANGELICA est un film riche et intense qui se propose de mettre en scène les sujets clefs de la mort d’une époque, de l’importance de la culture mère de toutes les richesses et de la folie amoureuse. Si nous ne parvenons pas à faire fi des incohérences dont ne cesse de témoigner le film, L’ETRANGE AFFAIRE ANGELICA est d’un ennui rare et incommensurable.

Ce qui est étrange dans O ESTRANHO CASO DE ANGELICA, c’est la couche de poussière qui semble recouvrir le film.

O ESTRANHO CASO DE ANGELICA
L’ETRANGE AFFAIRE ANGELICA

Réalisation : Manoel DE OLIVEIRA
Portugal – 2010 – 95 min
Distribution : Imagine
Drame
EA

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