Les Chemins de la Mémoire

On 14/04/2010 by Nicolas Gilson

Une séquence des CHEMINS DE LA MEMOIRE reste en tête, comme figée. Au cœur des vestiges de l’imposante prison de Carabanchel – une étrange étoiles aux bras élimés, rongés par le temps, usés par l’abandon et recouverts de grafs – se tiennent quelques hommes âgés marqués par le temps, par leur vie. Dans une pose stoïque, fière, droite, ils font face à la caméra. Ils sont vivant en un lieu mort. Au travers du mouvement principe du médium cinématographique s’opère un pétrification photographique : ces hommes sont les témoins d’un passé qui s’efface sans qui l’espace où ils se trouvent perd toute identité. Les photographies d’antan permettent alors un contraste saisissant.

Trace matérielle d’une autre histoire du franquisme, cette prison n’existe aujourd’hui plus. Rasée voire niée : sa disparition est porteuse de sens. Cette séquence-clef du film de José Luis Peñafuerte entremêle brillamment temps, témoignage et Histoire : elle immortalise l’espace, tout en donnant force ad vitam à son identitaire. Plus encore, elle contient l’essence même de la nécessité de la démarche documentaire : celle de raconter avant que l’on oublie, de regarder en arrière avant de tourner la page. LES CHEMINS DE LA MEMOIRE devient par cette séquence un élément-preuve du témoignage qu’il met en place.

Celui-ci est l’affirmation du côté obscur des années de franquisme. Non une revisitation de l’Histoire espagnole mais un cri douloureux pour la reconnaissance de ce que l’on a trop longtemps tu. A mesure que des fosses communes sont ouvertes un peu partout dans le pays, ce sont les blessures même de la société espagnole qui reprennent vie afin d’être enfin p(e)ansée. Intelligemment le réalisateur va à la rencontre des témoins encore vivant ayant connus les exactions d’un régime politique et sociétal soutenu par l’Eglise Catholique. Des témoins directs et indirects : ceux qui ont été emprisonnés, torturés, ruinés, exilés et ceux qui ont grandi dans le silence, les non-dits, le mensonge. Enfin José Luis Peñafuerte part à la rencontre de la jeune génération, qui découvre avec stupeur un passé étrangement absent des livres d’Histoire. Les générations se mêlent, les récits s’entrecroisent avec une force et une humanité prenantes. LES CHEMINS DE LA MEMOIRE revêt un caractère didactique mais aussi sensitif. Réelle gifle qui ne peut que conduire à la réflexion, à la nécessaire critique, le film atteste avec force de l’intérêt dont peut aujourd’hui encore se prévaloir le cinéma.

LOS CAMINOS DE LA MEMORIA
LES CHEMINS DE LA MEMOIRE
***
Réalisation : José Luis PENAFUERTE
Belgique / Espagne – 2009 – 96 min
Distribution : Big Bang
Documentaire
EA

3 Responses to “Les Chemins de la Mémoire”

  • Bonjour
    Je souhaite vivement être informé de la sortie en France et des salles où il sera projeté. Je suis d’Abbeville dans la Somme et enseignant d’espagnol en lycée.

Trackbacks & Pings

  • Cinem(m)a » 11ème Festival du Cinéma Méditerranéen de Bruxelles :

    [...] La Compétition Officielle propose 11 films parmi lesquels le jury, présidé par Claude Brasseur, devra désigner un Grand Prix et un Prix spécial du Jury. Aux côté de l’acteur français prendront place Arta Dobroshi (l’actrice choisie par les frères Dardennes pour LE SILENCE DE LORNA), Samir Guesmi, Nabil Ben Yadir (LES BARONS) et José-Luis Penafuerte (LES CHEMINS DE LA MEMOIRE). [...]

  • Les Chemins de la Mémoire : Séance Spéciale | Cinem(m)a :

    [...] LES CHEMINS DE LA MEMOIRE de José-Luis Peñafuerte sera projeté au cinéma montois Plaza Art ce 7/06 à 19h30 en présence du réalisateur. Cette séance spéciale est organisée en collaboration avec le groupe 27 (Mons) d’Amnesty International. [...]

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