Les yeux jaunes des crocodiles

On 07/04/2014 by Nicolas Gilson

Tout à la fois affecté, surécrit, artificiel et sinueux, LES YEUX JAUNES DES CROCODILES est l’adaptation ratée du roman à succès de Katherine Pancol par Cécile Telerman. Incapable de choisir un angle d’approche, la réalisatrice met en scène une soupe à la construction improbable flirtant avec une choralité qui tient du capharnaüm. L’ensemble est tellement appuyé et parsemé d’illogismes qu’il vire au ridicule. Une véritable purge.

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Joséphine (Julie Depardieu) et Iris (Emmanuelle Béart) sont soeurs mais ont des caractères très différents. Alors que la première s’avère passive et tente de nouer les deux bouts, l’autre mène une vie mondaine et oisive. Joséphine est chercheuse au CNRS. Historienne spécialisée dans la femme marchande au XII ème siècle, elle s’occupe seule de ses deux filles depuis que son mari est parti élever des crocodiles avec sa maîtresse. Pour s’en sortir, elle fait bientôt des traductions pour son beau-frère en demandant à ce qu’Iris ne soit pas mise au courant. Celle-ci, qui se moque de sa soeur et de sa ridicule passion, est confrontée à la futilité de sa vie et prétend bientôt s’atteler à l’écriture d’un ouvrage romanesque. Incapable de pondre la moindre ligne, elle contraint sa soeur à être son nègre. En parallèle prennent place tant bien que mal la relation adultaire de leur beau-père et moult affects plus éparpillés qu’éparses donnant l’impression d’un complet – et pénible – imbroglio.

La construction du scénario repose sur un enchevêtrement franchement risible d’états et de situations dont le pathos et l’écriture se ressentent incommensurablement. Si au final aucun point de vue ne résulte de l’approche, il est consternant de percevoir les tentatives ratées de définir comme central le personnage de Joséphine (à moins qu’il ne s’agisse d’Iris…). Toutefois la ligne narrative est telle qu’il est impossible de deviner si la scénariste Charlotte De Champfleury a cherché à tendre à une choralité ou s’est contentée de démultiplier les lignes de récit en additionnant une série de tableaux monstratifs. L’évolution des protagonistes et de leurs aventures est tellement pathétique et artificielle qu’elle en devient proprement risible. Bref, entre des flash-back improbables, des rencontres impayables et des insertions risibles (à l’instar des quelques rares séquences mettant en scène la destinée du mari de Joséphine) rien ne fonctionne. Sans oublier les illogismes !? Comment une chercheuse au CNRS, qui en parallèle traduit quantité de documents, peut-elle ne pas posséder un ordinateur ?

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Notons que le film dresse une image déplorable de la femme qui est soit vénale (« J’aime le fric et j’ai peur de finir seule »), soit dépendante de sa relation amoureuse (passe-t-elle du deuil enfin assumé du père à une figure passionnelle dont elle a besoin pour se construire). Le dialogue est pour sa part ponctué de quelques commentaires que nous pourrions adresser à la réalisatrice : « peut-être que tu vois trop grand ; peut-être que tu surestimes tes forces », « malheureusement le film n’est pas bon ».

Lorsqu’il ne s’exprime pas dans ce (mauvais) dialogue, le plus petit enjeu est appuyé avec une balourdise qui se retrouve à chaque étape de la réalisation. La mise en scène est tellement artificielle et affectée qu’elle s’avère ridicule. Rapidement l’incapacité de la réalisatrice à diriger ses acteurs s’impose : pas une réplique ne sonne juste à l’exception de celles d’Alice Isaaz (la fille ainée de Joséphine) qui sort brillamment son épingle du jeu. Gageure de la part de Cécile Temerman de tourner en ridicule Karole Rocher, Emmanuelle Béart, Samuel Le Bihan, Edith Scob, Jacques Weber et Julie Depardieu.

Cependant la réalisatrice atteste d’une qualité de « jusquauboutisme » tant le montage (mettant notamment en parallèle sans cohérence diverses temporalités) est excécrable et l’enrobage musical, platement atmosphérique, se veut éprouvant. En somme LES YEUX JAUNES DES CROCODILES est une pure catastrophe.

les yeux jaunes des crocodiles - affiche

LES YEUX JAUNES DES CROCODILES

Réalisation : Cécile Telerman
France – 2014 – 122 min
Distribution : A-Film
Comédie dramatique

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