Critique : Les souvenirs

On 19/01/2015 by Nicolas Gilson

Tendre surprise que LES SOUVENIRS de Jean-Paul Rouve : l’adaptation du roman éponyme de David Foenkinos sert de terreau à un film proprement humaniste et délicat. Si l’approche n’est aucunement révolutionnaire, le réalisateur dirige avec brio ses comédiens – offrant notamment à Annie Cordy un très beau rôle – et nous entraine, du rire aux larmes, au coeur d’une chronique contemporaine qui n’a rien que de banal.

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Romain, qui vient d’enterrer son grand-père, est engagé comme veilleur de nuit dans un hôtel. Il se rêve écrivain mais refuse de l’avouer, de se l’avouer. Proche de sa grand-mère, il aime lui rendre visite et parcourir, avec elle, ses souvenirs. L’éternel enfant n’a bientôt d’autre choix qu’accepter la décision de son père de placer son aïeule en maison de retraite. Il lui rend visite et cherche à l’enchanter. Un jour, elle disparaît. Romain, aidé par quelque indice, part à sa recherche.

Le film s’ouvre sur des funérailles. Une situation d’entrée de jeu dédramatisée avec l’arrivée tardive de Romain (Mathieu Spinosi) qui s’est trompé de cimetière. Les caractères des uns et des autres se dessinent tandis que le visage grave de la veuve (Annie Cordy) s’illumine lorsqu’apparaît son petit fils. Les quelques échanges entre les personnages donnent le ton tout en se voulant être une photographie très juste des relations intergénérationnelles.

les souvenirs audrey lamy annie cordy

LES SOUVENIRS est avant tout une fresque qui additionnent et confrontent plusieurs existences. Romain entre dans l’âge adulte au moment où son père part à la retraite, alors que son grand-père vient de décéder. Tandis qu’il a la vie devant lui, il se rend bien compte que celle de sa grand-mère est derrière elle… Le scénario repose sur trois mouvements qui mettent en exergue la complicité entre Romain et sa grand-mère. Le premier axe précède le placement en maison de retraite, le troisième en est l’échappée. Entre les deux, il y a les décisions nécessaires, les mensonges et les non-dits que d’aucuns préféreraient éviter. La construction confronte les points de vue et nous offre la possibilité de nous fondre au regard de chacun sur une situation complexe qui est mise en scène avec justesse et humour – une légèreté nécessaire qui permet d’éviter tout pathos.

La simplicité apparente de l’écriture est l’une des prouesses du film tant la ligne, si fluide, ne cesse de se complexifier. Jean-Paul Rouve et David Foenkinos trouvent le bon équilibre afin de diluer les informations qu’ils nous offrent en tissant un récit qui devient la poésie de l’ordinaire. Ils nous rendent complices des protagonistes tout en nous offrant une place de spectateurs tantôt amusés, tantôt attendris. Romain qui est au centre de l’intrigue devient le lien entre plusieurs pistes narratives qui se répondent à l’instar du désarrois de son père qui part à la retraite ou de son colocataire un peu gauche – véritable soupape de respiration.

les souvenirs annie cordy

La justesse d’interprétation est indéniablement l’autre atout du film. La connivence entre les différents protagonistes est une gageure à laquelle Jean-Paul Rouve répond avec adresse. Plusieurs registres de jeu semblent toutefois coexister pour notre plus grand bonheur. Ainsi à l’émotion palpable – et plurielle – lors de l’arrivée à la maison de retraite répond une énergie explosive d’autant plus déroutante que légèrement artificielle qui est véhiculée par le personnage (secondaire) de la directrice de l’établissement – merveilleuse Audrey Lamy. Un ton décalé qui répond de la logique du trait quelque fois grossier de l’écriture permettant de souligner la finesse des situations ou des sentiments mis en scène.

L’ensemble est gentiment artifiel et quelque peu enrobé. Toutefois la réalisation, dépourvue de prétention, nous trouble malgré ses maladresses.


les souvenirs - affiche

LES SOUVENIRS
♥♥
Réalisation : Jean-Paul Rouve
France – 2014 – 96 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

FIFF 2014 – Regards du présent

Les souvenirs Chatal Lauby Michel Blanc Les souvenirs Alison Wheeler William Lebghil

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