Critique : Les Premiers Les Derniers

On 24/02/2016 by Nicolas Gilson

Vivre, ce n’est pas que respirer. Une réplique qui condense à elle seule le message qui s’impose à nous comme une évidence à mesure que les personnages que Bouli Lanners met en scène dans LES PREMIERS LES DERNIERS évoluent dans des décors qui tiennent du western. Avec l’humanité comme ligne directrice, le réalisateur impressionne nos sens tandis que la rencontre à laquelle il nous convie n’est autre qu’avec l’espoir ; qu’avec nous-même. Lumineux.

Tu crois que c’est la fin du monde ?

Deux chasseurs de primes, Cochise (Albert Dupontel) et Gilou (Bouli Lanners), doivent remettre la main sur un téléphone au contenu délicat ce qui les conduit à s’enfoncer dans des plaines inquiétantes. Persuadés que la fin du monde est proche, Esther (Aurore Boutin) et Willy (David Murgia) sont en fuite. Ils échouent tous dans une même contrée où un dénommé Jésus précipite leur rencontre.

Les premiers les derniers - bouli lanners

Le ciel est gris. Au loin l’orage se fait entendre. Quelques plans suffisent à créer un climat qui évoque l’état d’esprit des personnages avant même de les découvrir. Alors que Gilou, inséparable de Cochise comme de son chien, suit son comparse dans une mission comme tant d’autres, Esther et Willy sont eux totalement perdus – au sens propre comme au figuré. Le jeune couple avance le long d’une route avortée, inquiet de tout mais sûr de l’amour qui les unit.

La réunion des deux lignes narratives se dessine rapidement, Esther et Willy croisent le chemin de Jésus et se retrouvent en possession de l’objet recherché par les chasseurs de prime. Une rencontre inévitable qui devient l’enjeu central du scénario que Bouli Lanners nourrit au fil de digressions nous plongeons tout à la fois dans une atmosphère de western – dont les codes archétypaux sont habilement transposés à nos campagnes –, de thriller, de récit d’initiation mais aussi de romance. Un scénario complexe et pourtant d’une apparente simplicité dans la mesure où Bouli Lanners nous fond au ressenti de ces principaux personnages et nous plonge dans la dynamique de leur évolution. Entrecroisant les lignes, il en élague certaines sans flouer nos perceptions. Ainsi, alors que Gilou ouvre un dialogue avec la mort, Cochise croque dans la vie au fil d’une rencontre en pointillés avec Clara (Suzanne Clément).

les premiers les derniers

Tournant en dérision la figure maléfique, Bouli Lanners flirte avec la comédie. À l’instar de Jésus, messie ou heureux illuminé selon la foi que nous lui accordons, l’archétype du mal – par ailleurs idiot – permet de conduire à la rencontre entre les personnages. Mais n’est-ce pas là la métaphore de toute existence ?

LES PREMIERS LES DERNIERS est un film de personnages, composés avec soin et interprétés avec brio. Emporté par Bouli Lanners en troublant bougon qui retrouve le goût de la vie, le casting est proprement impressionnant tant l’émotion des personnages est palpable – et ce, jusque dans la furie des « méchants » qui n’en sont que bien inquiétants. L’approche esthétique est parallèlement en tout point sensationnelle. D’emblée la photographie et le son attise notre attention. Offrant au film une coloration singulière – et toujours réaliste – Bouli Lanners ancre une dynamique de cadrage tantôt impressionniste, tantôt symboliste. Et plongés au coeur de décors aussi sublimes qu’inquiétants nous en ressentons les éléments grâce à un travail sur le son absolument saisissant. Le vent semble frapper nos joue, courir le long de notre échine, alors que de nombreux dialogues s chuchotés à nos oreilles.

LES PREMIERS LES DERNIERS
♥♥♥
Réalisation : Bouli Lanners
Belgique / France – 2015 – 98 min
Distribution : O’Brother Distribution
Western lumineux

Berlin 2016 – Panorama

Les premiers les derniers - affiche

Les Premiers, Les Derniers Les Premiers, Les Derniers

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