Critique : Les Plages d’Agnès

On 11/03/2009 by Nicolas Gilson

Lorsque Agnès Varda part à la rencontre de ses souvenirs …

«JE ME SOUVIENS PENDANT QUE JE VIS»

S’adressant directement au spectateur, Agnès Varda le convie à parcourir avec elle le chemin de sa vie au fil de ses souvenirs. Voyageant entre la mise en scène, le commentaire et la captation directe, elle revisite le concept même de documentaire tout en lui insufflant ce qu’il a de plus beau et de plus juste : la notion de rencontre.

La réalisatrice emblématique de la nouvelle vague et jeune plasticienne tente de se livrer en ancrant un travail à la fois intime et pertinent sur l’hypothèse même du souvenir. Avec une pudeur extrême, elle invite de spectateur à appréhender, avec elle, son parcours, tant professionnel que personnel, qui se révèle être un terrain riche de rencontres. En se plongeant au sein de ses souvenirs et en en retraçant le parcours la jeune octogénaire parle cependant plus des autres que d’elle-même : car c’est cela – l’autre – qui importe à ses yeux. Agnès Varda propose en somme au spectateur de découvrir son regard sur le monde et sur la vie … Un regard foncièrement humain, pudique et passionné.

Partant de la côte belge – qui lui évoque ses premiers souvenirs de vacances – elle retrace les éléments marquant et constitutifs qui s’avèrent, au final, être pertinents ou, et c’est là toute l’intelligence de l’approche, inutiles. De plage de vie en plage de vie, elle tente d’appréhender son propre parcours tantôt au travers de l’évocation – mille et une astuces rythment celle-ci – tantôt par le biais de la reconstruction.

La mémoire, entre sélectivité et fragilité, joue un rôle important mais ce qui importe réellement la réalisatrice s’avère être la face cachée de celle-ci. La mémoire dans ce qu’elle a de plus absurde et de plus beau : les impressions et ses mystères. Mais le regard d’Agnès Varda n’est pas obnubilé par un certain passéisme. Bien au contraire.

Son approche est résolument fragmentaire. Le titre du film en est d’ailleurs évocateur. Agnès Varda propose au spectateur de collecter les pièces d’un puzzle – cet objet qui se construit et se déconstruit et qui lui plaît tant. Morcelant et confrontant sa vie et son travail – indissociables l’un de l’autre – elle crée un réel mouvement de balancement qui met en exergue l’idée d’influence et l’importance des rencontres. De l’intime il y a une esquisse proprement pudique. De la maladie qui emporta Jacques Demy ne transparaissent que le nom et le désarroi que la mort a engendrés. La mort qui bouleverse la réalisatrice et qui ancre la force de l’évocation : celle-ci annihilant celle-là mais ne la vainquant pas.

Les plages d’Agnès est avant tout un film sur la vie. La sienne certes, mais la réalisatrice emmène le spectateur bien au-delà ! Le souvenir devient un réel prétexte à témoigner d’une certitude : celle de vivre.

LES PLAGES D’AGNES

****
Réalisateur : Agnès VARDA
France – 2008 – 110 min
Distributeur : Cinéart
Documentaire
Enfants admis

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