Les mains en l’air

On 28/06/2010 by Nicolas Gilson

Alors que LES MAINS EN L’AIR reposent sur une écriture et une mise en scène quelque peu monstrative, Romain Goupil parvient à emporter le spectateur au cœur d’un terrible récit qui se veut témoin de notre société. Il met d’emblée en place une hypothèse narrative d’évocation où une dame âgée se souvient d’un moment clef de son enfance. C’était en 2008 ou 2009, en France, elle ne sait plus qui était Président à cette époque. Un premier décors froid, aseptisé, est le garant du futur annoncé dans lequel se place la protagoniste. 2067 : Un futur dont nous ne savons rien mais au sein duquel se place l’espoir du réalisateur de voir un autre monde, une autre justice, une autre humanité.

Son souvenir est celui d’une petite fille immigrée, illégale, sans-papiers. Tchéchène, elle est scolarisée normalement, intégrée. Fondue au milieu d’une bande de copains, elle partage leur naïveté et leur insouciance. Ils organisent un trafic amusant de DVD, jouent gentiment. Mais un jour Youssef est arrêté et expulsé. Les enfants pensent premièrement que leur réseau de trafic en est la raison, avant de comprendre que Youssef n’avait pas de papiers. Et que la motivation de l’expulsion est là. Or, Milana, comme quatre autres enfants de son école n’a pas de papiers. La direction s’inquiète, les parents s’organisent. Milana est alors accueillie dans la famille de Blaise, son ami, son premier amoureux, tandis que sa maman d’accueil est de plus en plus révoltée devant un système politique, devenu policier, qu’elle ne comprend pas.

Deux dynamiques de point de vue coexistent, d’une part un brillant regard d’enfants et de l’autre la réflexion, posée bien que subjective, d’une adulte. Envisager la question de l’immigration, la problématique des sans-papiers au regard des enfants et de l’enfance est sans la force première du film. Certes leur naïveté transparaît mais elle n’est pas déraisonnée pour autant, bien au contraire. Afin de fondre le spectateur à ce ressenti particulier, le réalisateur opte pour une captation à hauteur d’enfants. Il met en scène aussi leur univers particulier, celui magique de l’insouciance pourtant ici perturbée. Les jeux et les enjeux d’un âge singulier. En contre-point il appréhende la situation sous un regard adulte. Pas n’importe lequel : certes celui d’une femme, mère de famille, bourgeoise de gauche, idiote donnant de l’espoir interprétée par Valéria Bruni-Tedeschi, belle-sœur du Président Nicolas Sarkosy, celui dont la protagoniste ne se souvient pas, celui contre qui cette mère se révolte. Alors que LES MAINS EN L’AIR a une implication politique forte, cette gageure devient un réel camouflet. Il semble impossible de différencier l’actrice du personnage qui se met sa famille à dos, qui crie haut et fort son incompréhension. Elle est emplie de principe et de justice, elle est perdue, ne sait pas quoi faire mais elle sent qu’il faut faire quelque chose. Elle prend position dans un combat latent dont nous sommes tous acteurs passifs. Elle choisit d’accueillir Milana, de défendre la cause des sans-papiers. Lorsqu’une journaliste lui demande pourquoi, la protagoniste répond avec verve Si vous me posez cette question, vous ne pouvez pas comprendre. Tout est dit. La question est infiniment politique et citoyenne. Et cette femme, mère, épouse – qu’importe – est avant tout citoyenne. Elle prend position dans un monde qu’elle ne comprend pas ou plus. Retrouve-t-elle une naïveté enfantine que la politique a abandonné : l’idéal français d’égalité, de fraternité et de liberté a-t-il in fine une raison d’être ?

L’approche est esthétiquement sobre, quelques fois académique, mais la justesse de ton, la force de l’engagement politique, qui ne condamne pas, qui au contraire questionne, est déroutante. Nulle exacerbation du pathos, pas ou peu de renforts musicaux. La finesse des répliques se veut intelligente : les mots sont emplis de sens. Et notre silence en dit long.

LES MAINS EN L’AIR
***
Réalisation : Romain GOUPIL
France – 2009 – 90 min
Distribution : Les Films de l’Elysée
Comédie dramatique

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