Critique : Les Jardins du Roi

On 01/07/2015 by Nicolas Gilson

De retour à la réalisation, Alan Rickman revisite l’Histoire au travers d’un récit romanesque mettant en scène l’architecte paysagiste André Le Nôtre et une certaine Sabine de Barra, atypique figure de femme a priori indépendante. Toutefois l’étonnante modernité de l’approche se double d’un classicisme des plus affecté et d’un sentiment d’artificialité laissant proprement dubitatif. THE KING’S GARDEN demeure toutefois plaisant, grâce à la qualité de l’interprétation dominée par la sincérité de Kate Winslet.

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À la veille de l’installation de Louis XIV (Alan Rickman) à Versailles, André Le Nôtre (Matthias Schoenaerts) est chargé d’en élaborer les jardins. En quête de paysagistes pouvant le seconder, il reçoit Sabine de Barra (Kate Winslet) qui, au cours d’un bref entretien d’à peine quelques minutes, le séduit par son audace et sa franchise. Il lui confie la réalisation du « Bosquet des Rocailles ». Se lançant entièrement dans l’aventure, la femme doit alors faire face à la réalité de la Cour dont elle ne maîtrise pas les codes et ignore les intrigues…

L’ouverture du film nous demande un double travail, celui d’accepter la convention de la langue anglaise – dont la richesse se révèle presque shakespearienne – et l’univers du Roi Soleil tel que fantasmé par Alan Rickman. Mais puisque Louis IV a un rêve – et des exigences – il ‘agit de plonger dans les coulisses de sa mise en place… Trop sirupeux et farouchement mielleux, l’angle d’approche tend à se fondre au regard de Sabine de Barra à qui donne vie avec talent Kate Winslet. Nous la découvrons telle une héroïne moderne incarnant une figure féministe qu’aurait oubliée l’Histoire – comme tant d’autres – dont l’indépendance et la force de caractère sont lumineuses. Toutefois, elle se précipite incommensurablement dans une romance aussi improbable que cousue de fil blanc tandis que son autonomie et son insoumission laissent place à une fragilité grossière – dominée par la culpabilité.

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L’écriture efficace et vise à faire de nous les témoins du désarroi de l’héroïne, de son élan maniéré et d’une complicité purement démonstrative avec quelques dames et, presque par magie, le Roi. Elle permet aussi de se fondre ponctuellement au ressenti de Le Nôtre et de changer radicalement de point de vue afin d’assurer quelque suspens (en anticipant le drame, un paradoxe intéressant). Les dialogues sont à ce points léchés que c’en devient une gageure rendant l’écriture proprement palpable. Une impression tristement renforcée dans une séquence en flash-back qui, en plus d’être ridicule, ôte toute crédibilité à Sabine de Barra dont la personnalité plus que de se redessine s’efface alors – au risque de nous consterner.

Soignée, la mise en scène, dont le rythme contraste avec les jeux de langage, oscille entre un classicisme raffiné et un désir évident de rendre le récit et les (maigres) enjeux contemporains. Et c’est entre une pompeuse orchestration musicale et un goût pour l’anachronisme (notamment les vastes lits où se perdent, lancinants, les protagonistes) que la figure de Sabine de Barra s’impose presque comme incongrue : cheveux au vent et sac en bandoulière, elle semble se rendre à la Cour en revenant de Woodstock. Personnage hétéroclite, elle permet de poser un regard critique sur la noblesse et son hypocrite étiquette – un jeu qui se retrouve à chaque étape de la réalisation.

les jardins du roi afficheLES JARDINS DU ROI
•/♥
Réalisation : Alan Rickman
Royaume-Uni – 2015 – 116 min
Distribution : Lumière
Comédie dramatique

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