Les Invisibles

On 28/11/2012 by Nicolas Gilson

Sébastien Lifshitz signe avec LES INVISIBLES un documentaire admirable. Avec respect et simplicité, il détricote, au fil de rencontres, la réalité de l’homosexualité vécue, en France, par des hommes et des femmes nés dans l’entre-deux-guerres. Et, ce faisant, le réalisateur esquisse un sublime portrait des luttes pour l’indépendance sexuelle, les droits de la femme et ceux des minorités.

Les témoins rencontrés ont pour point commun d’avoir vécus ouvertement leur homosexualité à une époque où celle-ci était condamnée par la société – jusqu’en 1981, l’homosexualité était en France considérée comme une maladie psychiatrique. En dévoilant leurs parcours, leurs luttes, leurs craintes et leurs désirs – en se racontant – ces hommes et ces femmes, de milieux et d’origines divers, révèlent les facettes d’un prisme multiple et mettent en question une société où la notion de culpabilité est centrale.

Parce que même si « c’est la nature qui veut les choses », la société et ses normes ont contraint certains de ces témoins à « essayer de devenir l’adulte qu’il faut devenir » avant de s’accepter. Il s’agit alors de se marier, d’avoir des enfants, bref d’entrer dans le moule. L’éducation n’y conduit-elle d’ailleurs pas d’autant plus qu’en plus d’un sentiment véhiculé de culpabilité (merci le catholicisme et la société patriarcale) aucun dialogue intergénérationnel ne semble possible. Pourtant, l’homosexualité, comme le rappelle l’un des témoins, « ce n’est pas un choix, c’est inscrit dans mes gênes ».

Cette homosexualité – à l’instar de la sexualité – devient à la fois une et multiple. L’unité se retrouve dans un combat pour la liberté, la multiplicité dans la singularité de toute sexualité. Les récits contés flirtent avec l’Histoire et ses révolutions – l’accessibilité à la contraception ou le droit à l’avortement ont brisés bien des stigmates.

Sébastien Lifshitz compose un superbe portrait. Il prend le temps de mettre en place son sujet et ses témoins – dont il semble devenir le confident. La rencontre semble ainsi s’opérer au sein même du film, en un premier mouvement, où chacun se présente avant de se dévoiler. L’approche est pleine de sens. Le réalisateur filme ses témoins chez eux ou dans les lieux qu’ils font revivre.

Des photographies, des films de familles et quelques documents d’archive nourrissent les évocations. Le travail de captation (au-delà du format général) et de montage insuffle au documentaire, ponctuellement, une logique propre à la fiction qui, sans jamais le dénaturer, lui donne force et volume. Ainsi l’emploi de la musique permet tout à la fois de mettre en place une dynamique emphatique et de transformer les témoins en véritables héros.

LES INVISIBLES
♥♥♥(♥)
Réalisation : Sébastien LIFSHITZ
France – 2012 – 115 min
Distribution : Cinéart
Documentaire

Cannes 2012 – Sélection Officielle Hors Compétition

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