Les Herbes Folles

On 03/11/2009 by Nicolas Gilson

Rien ne ressemble moins à un film d’Alain Resnais que ses propres réalisations. Fort d’une parfaite maîtrise stylistique et esthétique, il n’a de cesse d’appréhender de manière neuve le médium cinématographique. Il voyage au coeur de ses possibilités tantôt narratives, tantôt purement sensitives et sensationnelles afin d’emporter le spectateur au-delà du temps et de l’espace. Il esquisse une réelle invitation à l’aventure ou à l’évasion, une invitation à la découverte d’un univers singulier sans cesse renouvelé. Bien que décevant au regard de la filmographie du réalisateur, LES HERBES FOLLES convie le spectateur à pénétrer un monde particulier et à rencontrer – et non simplement découvrir – des personnages à la fois touchants, étranges, fébriles, secrets et sensibles.

les herbes folles

Sabine Azema et André Dussolier se redécouvrent une nouvelle fois. Et cette confrontation, qui les adjoint imperceptiblement à se fondre l’un à l’autre, contient en elle-même une improbable genèse, celle sans cesse remodelée par Alain Resnais qui, au travers du couple formé par Sabine Azema tantôt à Dussolier, tantôt à Arditti, met en scène la pluralité des facettes de la rencontre amoureuse. Une hypothèse amoureuse empreinte d’une incommensurable passion. Dès lors la domination claire d’une sensation pulsionnelle liant inexorablement les protagonistes l’un à l’autre revêt un sens démultiplié. La folie des gestes, de la rencontre, des non-dits, de la pulsion même de l’attrait – à la fois sexuel, physique, psychologique et sensitif – peut alors prendre tout son sens.

LES HERBES FOLLES met en scène l’incompréhension de la pulsion. Un jeu d’attirance et de répulsion, une grammaire du oui et du non conduisant la négation au désir, le désir en affirmation amoureuse. Rien n’est évidemment clair : les non-dits, les contradictions, l’incompréhension priment car la pulsion n’a pas de raison. Dès lors c’est au coeur d’une sinuosité bien subjective que le spectateur se retrouve voyager. Une subjectivité démultipliée par la mise en place résolument narrative d’un conteur qui propose au spectateur de découvrir la propre pensée des protagonistes. Il advient alors d’adhérer à la logique – sans quoi la distanciation devient trop radicale et conduit amèrement à la déception.

Resnais s’appuie sur une évidente artificialité, indéniablement liée au médium cinématographique. Ainsi avec le faux il suggère le vrai – ce faux qui conduit au vrai. La direction d’acteur sous-tend un entre deux : entre le jeu et le surjeu, le ressenti et le représenté. Une distanciation claire est établie dès le casting des rôles principaux jusqu’à la voix du narrateur – Edouard Baer irrémédiablement identifiable. Aussi il est logique que le texte se sente, se ressente. Toutefois renforcée par la mise en scène l’artificialité laisse place à la légèreté de la vie, à son hasard. Car c’est cela l’herbe folle : la possibilité d’être au gré du vent. Dès lors le spectateur voyage selon la volonté du réalisateur, d’un personnage à l’autre, d’un univers artificiel et abscons à la banalité du quotidien.

herbes folles

LES HERBES FOLLES
♥♥
Réalisation : Alain Resnais
France/Italie – 2008 – 90 min
Distribution : Victory Production
Comédie dramatique

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