Critique : Les Cowboys

On 24/11/2015 by Nicolas Gilson

Après s’être imposé comme scénariste de renom, Thomas Bidegain passe pour la première fois derrière la caméra en signant la réalisation d’un film ambitieux au titre évocateur, LES COWBOYS. Se déroulant sur une vingtaine d’années, l’action se dessine comme un Western contemporain où se confrontent l’Occident et le Moyen-Orient. Envisageant avec intelligence « la guerre des civilisations », Thomas Bidegain ancre son approche dans la narration, faisant de son premier long-métrage un film de personnages où les protagonistes se succèdent dans une quête emplie de symbolisme.

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En 1994, Alain se rend avec son épouse et ses deux enfants à un festival country. Pilier de la communauté, il chante et danse avec sa fille Kelly, âgée de 16 ans. Les heures passent, Kelly disparaît. Fugue ou enlèvement ? La famille est dévastée. En fouillant dans les affaires de sa fille, Alain trouve quelques feuillets rédigés en langue arabe. Partie avec son petit ami Ahmed, Kelly a décidé de couper les ponts avec sa famille. Radicalement. Un choc pour Alain qui décide, coûte que coûte, de la retrouver quitte à sacrifier la jeunesse de son fils, Kid.

Soulevant un caillou a priori ordinaire, Thomas Bidegain observe l’agitation qui secoue un monde en quête de sens. Avec comme complice d’écriture Noé Debré, il compose un scénario fleuve à l’apparence simpliste qui se révèle de plus en plus complexe à mesure que les enjeux se déploient. Plaçant l’amorce de l’intrigue au début des années 1990, le cinéaste questionne l’attrait pour le radicalisme religieux avant qu’il ne compose les titres de la presse. Ce faisant, il nous invite à mettre en perspective une réalité commune qu’il revisite au second plan et qui ponctue savamment le film au fil de référents marquant le temps qui passent (comme les attentats du 11 septembre 2001 ou ceux de Londres en 2005).

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Emporté par ses recherches comme par la folie, Alain lutte contre un monde sur lequel il n’a aucune prise. Il court après sa fille, sans chercher à la comprendre, entraînant avec lui son fils. Allié de son père avant de s’y opposer, Kid est-il attiré par l’objet de sa quête qu’il cherche à comprendre ce que son père n’est pas à même de voir. L’un et l’autre sont des cowboys modernes amenés à traverser un continent à la fois réaliste et imaginaire.

Thomas Bidegain construit son film en deux parties, épousant d’abord l’énergie d’Alain avant de se fondre à celle de Kid. Deux points de vue qui confrontent sciemment deux générations ; le monde du premier n’étant pas celui du second. A l’instar du héros des Westerns, Alain cherche à sauver sa fille des mains de l’autre, de cet « étranger » qui l’a forcément aveuglée. Incapable d’ouvrir son raisonnement, il s’y enferme. Kid sera le voyant ou, du moins, travaillera à l’être.

Alors que les voyages du père sont suggérés, il prend son envol en chevauchant à travers le Moyen-Orient. Le symbolisme du titre ne cesse-t-il de se moduler au fil du développement narratif qu’il renvoie alors au Western au sens classique du terme. Avec pour acolyte un chasseur de prime, l’enfant devient homme tandis que le scénario revisite les rituels du genre.

CB

Si l’ensemble peut paraître manquer de rythme, le pari que semble s’être lancé le réalisateur n’en est pas moins fou. L’approche esthétique est-elle classique qu’elle lui permet d’attirer notre attention sur les enjeux tout en offrant à chaque séquence une énergie propre. De nombreux objets, quelques fois anodins ou dissimulés dans l’action, agissent comme révélateurs à l’instar du foulard qu’Alain noue, au début du film, autour du cou de sa fille Kelly.

Le casting est pour le moins surprenant, rassemblant sous une même affiche François Damiens et John C. Riley notamment. Si la justesse d’interprétation fait de Thomas Bidegain un habile directeur d’acteurs, il révèle Finnegan Oldfield. Pourtant déjà aperçu dans de nombreuses réalisations, l’acteur qui incarne Kid est proprement sidérant. Si bien que, lorsque l’action prend fin, le trouble qui gagne le protagoniste se veut contagieux. Son parcours devient alors le nôtre et la suspension du récit celle de notre réalité.

LES COWBOYS
♥♥(♥)
Réalisation : Thomas Bidegain
France / Belgique – 2015 – 114 min
Distribution : Lumière
Drame / Action

Cannes 2015 – Quinzaine des réalisateurs
Film Fest Gent – Compétition Officielle

Les cowboys affiche neutreLes_Cowboys_François_Damiens

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