Sur le tournage de… Les Corps Purs

On 18/02/2016 by Nicolas Gilson

LES CORPS PURS

Une étude de personnages par Bérangère McNeese et Guillaume de Ginestel

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Axelle, une escort-girl à Bruxelles, s’assure les services d’un chauffeur – mutique et simple d’esprit – pour l’accompagner d’un hôtel à l’autre.

Au fil des nuits, ces deux êtres esseulés et retranchés derrière leur armure respective (tenues clinquantes et gouaille pour elle ; physique de Minotaure pour lui) vont se rapprocher.

Ils s’aideront mutuellement à confronter certaines réalités de leur existence et à les dépasser ensemble.

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Bérangère McNeese et Guillaume de Ginestel se sont renontrés à Hyères les Palmiers, lors d’un festival de court-métrages. Elle était à l’affiche d’un film en compétition, lui y défendait une réalisation. Alors comédienne, Bérangère aura l’envie de passer de l’autre côté de la caméra.

Elle signera LE SOMMEIL DES AMAZONES, un film auto-produit qui remporte un succès dans de nombreux festivals. Parallèlement, Guillaume, qui avant de se mettre à l’écriture et de réaliser des court-métrages par envie de cinéma foule les planches, redécouvrira le jeu. De fil en aiguille, ils se sont dit qu’ils pouvaient goupiller leurs univers et leurs envies pour aboutir à la réalisation d’un projet commun qu’ils écriraient ensemble et dans lequel ils joueraient. LES CORPS PURS prenait vie.

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Rencontre avec les réalisateurs

Quelle est l’idée ou l’envie qui a été motrice de ce projet commun ?

Bérangère McNeese : Principalement, ça venait d’une envie de créer des personnages qui nous faisaient envie. Il y avait des envies de réalisation mais on a du créer un univers commun. LES CORPSPURS un peu différent de ce que fait Guillaume d’habitude et de ce que j’ai fait avec LE SOMMEIL DES AMAZONES. Il y avait l’envie de faire un truc un peu différent.

Qu’est-ce qui a guidé la dynamique d’écriture ?

Guillaume de Ginestel : On a beaucoup écrit ensemble ; on a toujours écrit à deux en fait. Sinon ça n’avançait pas car on bosse respectivement sur d’autres projets.
BMcN : On se posait ensemble pour travailler sur ce film-là.

Puisque les personnages ont été moteurs, comment les avez-vous caractérisés ?

GdG : On a dès le début orienté le projet vers un thème et des personnages en fonction de ce qui nous attirait l’un et l’autre. Ce que j’aime dans l’interprétation, c’est de jouer des choses qui ne sont pas socialement acceptées. On est tous un peu polis socialement. J’aime bien jouer ce que je ne peux pas exprimer dans la vie courante ; une part un peu primaire, brute au sens large. Ces personnages m’attire parce qu’il me permettent d’exprimer quelque chose que je ne laisse pas paraître.
BMcN : J’avais envie d’un personnage qui soit à la fois une jeune fille avec tout ce que ça a de fragile et qui sait où elle va, qui a de l’ambition. Une fille qui assume ses choix même s’ils ne semblent pas appropriés ou « ordinaires ». Elle a de la gouaille et très vivante, par opposition au personnage de Julien (ndlr interpétaté par Guillaume) qui est très taiseux. J’aimais bien le fait, assez touchant, de mettre en scène une fille persuadée d’être une business woman et prendre sa vie en main alors que c’est en opposition à ce que nous, en tant que public, voyons d’elle.

Comment gérez-vous le fait d’être à la fois devant et derrière la caméra ?

GdG : Le film est une étude de personnage. Notre ambition ne va pas plus loin. On veut juste étudier deux personnages d’assez près et, du coup, tout l’enjeu du film réside dans l’interprétation. Comme on est souvent dans les mêmes scènes, c’est compliqué. Le point positif, c’est qu’en étant les interprètes, on n’a pas besoin d’expliquer ce qu’on cherche. Mais on a moins de recul. Donc on est obligé de re-regarder les prises.
BMcN : En fait, ça se chorégraphie surtout. Une chorégraphie se met en place. La mise en place des cadres se fait combo en main. L’autre facilité, c’est que de jouer un texte qu’on a écrit soi-même : ça vient plus naturellement qu’avec un texte écrit par quelqu’un d’autre. On avait l’idée de ce qu’on voulait en écrivant, donc, comme on ne devait pas le transmettre à un comédien, c’était assez facile. GdG : On s’est aussi dit qu’il valait mieux confier à l’autre, lorsqu’il ne joue pas, la responsabilité de choisir la bonne prise.

Au-delà des personnages, quelles envies partagiez-vous ?

BMcN : Je suis Belge et Guillaume est Français, il y avait une envie de film Bruxelles que je connais bien et que Guillaume a découvert récemment. Bruxelles, la nuit. Après on voulait quelque chose à l’épaule. On s’est accordé assez rapidement sur le type de projet qu’on voulait faire visuellement.

Quelles ont été, quelles sont vos références ?

GdG : On a évoqué FISH TANK d’Andrea Arnold. On voulait quelque chose de très naturaliste, à l’épaule, une mise en scène assez âpre.
BMcN : Oui, quelque chose d’assez simplifié mais, en même temps, je ne pense pas qu’en voyant le film, on va penser à FISH TANK. On avait des envies de mises en scène qui par contre contraste avec le scénario qui n’a vraiment rien à voir. On a aussi pensé à OSLO, 31 AOUT de Joachim Trier ou PUSHER de Nicolas Winding Refn.

Comment est apparu le titre ?

GdG : On voulait qu’il y ait « corps » dedans car c’est ce que les deux personnages ont en commun. Leur corps est à la fois une façon de gagner leur vie et une carapace, une armure.
BMcN : « Purs » amenait un aspect brut et un peu scientifique. Les corps purs s’attirent. Le corps les définit en tant qu’outil.
GdG : Aux yeux de la société, ils utilisent, l’un comme l’autre, leur corps d’une façon assez dévalorisante. Pourtant, la façon dont on les a caractérisés, dont on les campe dans le film repose sur l’envie de retrouver quelque chose d’élémentaire de l’ordre de la compassion. Dans un monde assez dur, dominé par des rapports économiques un peu brutaux, ils vont se retrouver autour de la pureté des sentiments.

Pourquoi avez-vous choisi de vous auto-produire ?

BMcN : Mon premier film a été produit de cette manière-là, donc, en ce qui me concerne, c’est la façon dont ça a toujours fonctionné. Mais je remarque quand même qu’il y a une liberté qui semble incomparable. Et puis surtout, on attend pas plus d’un an pour savoir si oui ou non on va pouvoir bénéficier d’un financement. C’est un projet qu’on avait envie de faire et qu’on fait sans rien demander à personne : on est autonome et c’est assez jouissif. Il y a aussi des désavantages. Ça fait énormément de boulot car on doit tout organiser. (…) C’est surtout qu’il y a une envie de raconter une histoire à un moment donné. Je pense que dans 2 ans, j’aurai envie de raconter autre chose.
GdG : Il y a des histoires qui correspondent à un moment de la vie d’un metteur en scène, d’un acteur, et le délai nécessaire pour trouver les financements fait que l’on est déphasé lorsqu’on l’obtient. Des fois, l’impulsion qu’il y a derrière un scénario, comme une envie d’interprétation, correspond à l’envie de le jouer à ce moment-là.

Justement, quel laps de temps s’est écoulé entre le début de l’écriture et le tournage ?

GdG : On a commencé le scénario environ 6 mois avant le tournage.
BMcN : Il y a eu 5 à 6 mois d’écriture par intermittence parce qu’on était tous les deux sur d’autres projets. Par contre, une fois le scénario bouclé, on le tournait 3 mois plus tard.

Comment s’improvise-t-on producteur ?

BMcN : On prend cher. On prend très cher. Comme c’est ton argent, tu deviens un négociateur hors-pairs. Sinon, c’est hyper instructif parce qu’on doit gérer les autorisations de tournage, les castings, trouver l’équipe, les décors. En plus d’être auto-produit, le film est auto-financé… avec peu de budget. Donc on travaille vraiment dans une économie minuscule. L’équipe est bénévole et je me rends bien compte que ça ne correspond pas du tout à une réalité à long terme.
GdG : C’est une émancipation, que ce soit pour nous ou pour les gens qui ont participé au projet. Ils le font aussi parce que ça correspond à un moment de leur parcours où ça peut peut-être leur permettre de montrer ce qu’ils savaient faire. C’est aussi une émancipation par rapport à l’argent… Si on arrive à le mettre en place et qu’on arrive à maintenir une exigence, c’est aussi un accès à une liberté. Et c’est peut-être la meilleure façon de montrer son univers ou ce qu’on peut faire pour, derrière, gagner de l’argent.

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LES CORPS PURS
Réalisation et Scénario : Guillaume de Ginestel & Berangere McNeese
Avec : Guillaume de Ginestel, Berangere McNeese

Image : Tristan Chenais & Sylvain Dufayard
Son : Arnaud Lemorillon, Gilles Lacroix & Valentin Guillaume
Décors & Accessoires : Lisa Etienne & Natacha Slupek
Scripte : Emily Jane Torrens Maquillage : Gaëlle Mennesson
Assistante Réalisation : Sebastien Tixador
Regie : Emilie Saey & Jules Follet
Production : Guillaume de Ginestel & Berangere McNeese

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Filmographie Guillaume de Ginestel
BRAQUAGE SERENADE (CM – fiction – 2013)
MASTER OF DREAMS (Série documentaire – TV – 2013)
LA TELEFORMATION (CM – fiction – 2011)
A PLEIN POUMONS (LM – documentaire – 2010)
THE MISTSOF MWANENGUBA (LM – documentaire – 2007)

Filmographie Berangere McNeese
LE SOMMEIL DES AMAZONES (CM – fiction – 2015)

 

 

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