Critique : Les combattants

On 08/09/2014 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage de Thomas Cailley, LES COMBATTANTS est tout à la fois une fabuleuse histoire d’amour et le portrait d’une société en perte de repères. Tonique et chaleureux, le film épouse l’énergie de ses principaux protagonistes et, plus que de mettre en scène leur aventure, semble les suivre au fil de celle-ci. Eblouissant.

les-combattants-adele-haenel-kevin-azais

« Tu dois frapper au-delà de la cible »

Le film s’ouvre sur la découverte du personnage d’Arnaud (sublime Kevin Azaïs) qui, avec son frère, fait face à un entrepreneur des pompes funèbres. Ils négocient les obsèques de leur père et, étonnés des prix du catalogue, n’hésitent pas à remettre en cause le discours pourtant assuré du vendeur de cercueil. Le bois, ils connaissent. Ils ont d’ailleurs ça dans la peau, dans la fibre. Arnaud touche les échantillons et en reconnait la qualité. En un geste sensuel mais néanmoins précis, c’est toute la relation d’une cellule familiale qui devient palpable. Une force de caractère aussi. Leur père mérite mieux.

Cette mise en place esquisse narrativement le contexte dans lequel va s’inscrire l’action. Arnaud décide d’épauler sa mère et son frère afin que l’affaire de leur père demeure prospère. Alors que ces amis questionnent leur avenir – y en a-t-il seulement encore un en France ? – il s’inscrit dans la continuité voire dans la pérennité. Semble-t-il intrigué par la campagne de recrutement de l’armée qui a investit la région que ce n’est que superficiel. Une certaine passivité le conduit à suivre les rails… Toutefois, une rencontre le perturbe. Il est en effet confronté à Madeleine (magistrale Adèle Haenel) lors d’une activité proposée par les militaires. Un jeu de combat dont il sort vainqueur en trichant – n’est-il pas plus honteux de se faire battre par une fille ?

Les-combattants

Interpellé par sa réaction sans doute plus que troublé par la jeune femme, il la retrouve bientôt sur un chantier. Le comportement de Madeleine le questionne et apparaît rapidement le fasciner. Issue d’un milieu plus aisé, elle est décidée à entrer dans les forces armées et elle s’entraîne à survivre. Arnaud et Madeleine apparaissent comme deux aimants qui se repoussent tout en entrant dans une danse qui – nous le savons – assoira leur liaison. Un premier mouvement esquisse leur rencontre et parallèlement, à travers la relation à leur entourage, la réalité sociétale – pour le moins commune. Déjà amoureux, Arnaud décide de suivre Madeleine dans un camps de survie. Le jeune homme est gauche, la jeune fille trop droite : les doutes d’Arnaud et les certitudes de Madeleine les confrontent à une réalité qui n’est peut-être pas la leur. Un ultime mouvement les réunit : ils semblent alors hors du monde et libérés des normes et des contraintes. Leur parcours s’impose plus encore comme initiatique tandis que leur rencontre se renouvelle. Une nouvelle Eve, un nouvel Adam : tout deviendrait-il possible ?

Si les métaphores sont nombreuses – notamment autour du rôle que joue la nature dans le film, Thomas Caillet signe un scénario d’une rare justesse non dénué d’humour. Il parvient à saisir l’énergie non seulement de ses protagonistes mais aussi d’une pleine génération. Il maîtrise et dose parfaitement les ellipses (sans jamais oublié les éléments mis en place comme le décès du père) et dépasse une histoire d’amour somme toute classique en s’en réappropriant les codes qu’il ne craint pas de mettre en scène. Inversant les rôles classiques et normés de la masculinité et de la féminité, il offre à ses protagonistes des visages singuliers. Un jeu qu’il n’hésite pas à mettre en scène au-delà du premier corps à corps qui confronte Arnaud à Madeleine. Etablie d’emblée physiquement tant face à Madeleine Arnaud paraît être un oisillon tombé de son nid, l’inversion des postulats conduit à des séquences d’autant plus savoureuses qu’elles deviennent révélatrices à l’instar de la séquence où l’une et l’autre se maquille. Des gestes et de regards transpirent une sensualité et une émotion que le réalisateur saisit et transcende majestueusement.

Il parvient à épouser la subjectivité des deux protagonistes tout en ancrant son point de vue de grand imagier. La photographie se veut impressionniste, le montage d’une brillante fluidité. Élément de contraste, la musique participe pleinement à la dynamique que Thomas Cailley met en place : tout en ponctuant le film, presque en le chapitrant, elle exacerbe le bouillonnement qui emporte – et transforme – les protagonistes.

Les combattants affiche

LES COMBATTANTS
♥♥♥
Réalisation : Thomas Cailley
France – 2014 – 98 min
Distribution : O’Brothers
Comédie dramatique

Cannes 2014 – Quinzaine des Réalisateurs

Les-combattants-slider les combattants - thomas caillet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>