Les Beaux Gosses

On 24/06/2009 by Nicolas Gilson

« Hervé, 14 ans, est un ado moyen. Débordé par ses pulsions, ingrat physiquement et moyennement malin, il vit seul avec sa mère. Au collège, il s’en sort à peu près, entouré par ses bons copains. Sortir avec une fille, voilà qui mobilise toute sa pensée. Hélas, dans ce domaine, il accumule râteau sur râteau, sans toutefois se démonter … »

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«C’EST LA TETE DU CUL DU MONDE CE MEC»

Avec son premier long métrage Riad Sattouf nous offre une fresque singulière sur l’adolescence. Il parvient à adapter au cinéma l’univers particulier qui est le sien en rendant justement cinématographique tant l’hypothèse de la planche que celle de la case pourtant propres à la bande dessinée. Il réalise avec brio un film à sketch témoignant d’une intelligente linéarité. Celle-ci est due à un étrange effet d’emphase avec un protagoniste pataud, aussi repoussant qu’il ne devient en fin de compte attachant.

D’emblée notre objet de regard se fond au sien. Alors que celui-ci nous dégoûte âprement – les pustules, la peau grasse et les autres effets démonstratifs du caractère ingrats de l’adolescence ne nous sont aucunement épargnés – il s’avère être l’envie même du jeune homme – car le propriétaire de cette peau grasse et suintante entre en contact labial avec une autre victime de la puberté, objet d’un désir incommensurable. Une dynamique s’esquisse dès lors : celle de la distanciation. Néanmoins, si celle-ci est le premier conducteur au rire, elle n’aura de cesse de s’amenuiser peu à peu car nous ne pouvons que nous attacher au protagoniste principal. Et ce envers et contre tout. Si de prime abord le dégoût et la moquerie motivent notre vision, la démarche sincère et honnête du réalisateur annihile cela. Car Riad Sattouf nous invite à nous fondre à son protagoniste principal.

Pourtant proche de la caricature celui-ci témoigne d’une valeur aussi surprenante qu’essentielle : la banalité. Cet adolescent n’a rien de particulier. Il est sans doute le personnage le plus ordinaire du récit. Mais c’est cet élément qui permet le basculement constant de la distanciation vers l’emphase. Il tient une position centrale qui dicte notre regard sur le microcosme qui est le sien.

Si cet univers de l’adolescence est le berceau de l’éveil sexuel, il est aussi l’écueil atroce du conflictuel et du jugement. Toutefois l’univers mis en place par Riad Sattouf aborde avec distanciation ces problématiques. L’univers singulier qui est le sien reste bien gentil et sans doute fort éloigné de la réalité. Il est empreint d’une naïveté touchante au sein de laquelle la masturbation appelle encore à l’imagination, où le catalogue La Redoute 1986 supplante un Internet quelque peu édulcoré …

L’acuité de l’écriture est à souligner. Les situations criantes de banalité fonctionnent efficacement. Plus encore le dialogue qui y prend place revêt le double intérêt d’ancrer rire et réalisme. Alors, lorsque le trait s’épaissit cela est délectable. Ainsi toute une galerie de personnages secondaires donnent au film un rythme tonifiant. Mais Riad Sattouf ne se repose pas sur l’écriture dialogique, au travers de la mise en scène il adapte au cinéma une logique visuelle propre à la bande dessinée. Le comique vient ainsi de la force des situations mais aussi et surtout de leur gestion visuelle avec souvent un arrière plan intelligemment mis en place.

Les éclats de rire sont au rendez-vous. Bien qu’ils soient nombreux un problème de rythme va et vient… Mais qu’importe LES BEAUX GOSSES ne peut que nous séduire tant une réelle fraîcheur en émane.

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LES BEAUX GOSSES
**
Réalisation : Riad SATTOUF
France – 2008 – 90 min
Distribution : Alternative films
Comédie
Enfants admis

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