Les âmes de papier

On 28/01/2014 by Nicolas Gilson

Tourne-t-il plus vite que son ombre que Vincent Lannoo signe, dans la foulée de LITTLE GLORY et AU NOM DU FILS, la mise en scène d’un scénario dont il n’est cette fois pas l’auteur*. Comédie romantique qui flirte avec le drame et (légèrement) avec le fantastique, LES AMES DE PAPIER se laisse regarder sans séduire : gentil et superficiel, le film est ruiné par l’exécution désastreuse de Stéphane Guillon.

les-ames-de-papier

Ancien romancier, Paul (Stéphane Guillon) écrit des oraisons funèbres. Emma (Julie Gayet), veuve depuis un an, lui commande un texte sur son mari (Jonathan Zaccaï) pour l’anniversaire de son fils car il refuse de parler de son père. Encourager par son voisin Victor (Pierre Richard), Paul concède à se prêter à l’exercice. Pataud, il offrira au jeune garçon un jouet prétendument magique sans se rendre compte que celui-ci va exhausser les trois voeux de l’enfant dont le retour du père disparu…

Derrière une apparente superficialité et à travers la naissance d’une histoire d’amour niaise (l’écrivain et la libraire…), il s’agit d’aborder les enjeux du deuil qui unit l’ensemble des protagonistes. Tous, à différents degrés, ne parviennent en effet pas à tourner la page. Entre Victor qui cherche dans ses archives une infime trace de son frère victime de la Shoah et la voisine qui pleure son chien, l’écart est aussi grand qu’abscons mais présente l’intérêt de mettre la douleur sur le même plan. Toutefois ces enjeux demeurent au second plan d’une romance cousue de fil blanc et agrémentée de poussière magique peu enchanteresse. Le ton manque-t-il de justesse que la trame narrative, parsemée de nombreux appuis et de quelques digressions, se dessine gentiment. Si l’ensemble n’est guère convainquant – la balourdise de certaines touches d’humour est incommensurable – quelques basculements narratifs autour de la thématique du deuil se veulent interpellants.

Vincent Lannoo filme cela de manière impersonnelle, le découpage est aussi léché que conventionnel mais force est de constater que l’ensemble est mis en lumière avec soin. Alors que de-ci, de-là des prises de vue de Paris ponctuent le film comme autant de cartes postales, s’inscrit un problème de tonalité. Les incursions humoristiques plombant notamment plus l’ensemble qu’elles ne le relèvent. Toutefois le principal souci émane du jeu déplorable de Stéphane Guillon qui apparaît incapable de transcender la moindre émotion hormis l’ironie et le sarcasme. Une gageure compte tenu qu’il est censé donner vie à un protagoniste déchiré entre un deuil impossible et l’émoi de ses sentiments amoureux. Moins pire que dans CINEMAN de Yann Moix, Pierre Richard semble souvent se singer lui-même et forme avec Guillon un duo oeuvrant dans la surenchère aussi drôle qu’un coussin-péteur en fin de vie. Face à eux, Julie Gayet est sublime et se révèle être l’atout de charme du film. Et ce bien que le couple formé à l’écran avec Stéphane Guillon, à cause de son interprétation catastrophique, n’a aucun crédit. Si Jonathan Zaccaï défend correctement un rôle sans grand volume, il se casse également les dents contre le plombant Guillon qui laisse in fine incrédule.

*Le scénario et les dialogues sont écrits par François Uzan

les-ames-de-papier-ulie-gayet-stephane-guillon

LES AMES DE PAPIER

Réalisation : Vincent Lannoo
France / Belgique / Luxembourg – 2013 – 90 min
Distribution : Artebis / Artemis Productions
Comédie dramatique

FIFF 2013 – Film de clôture
Be Film Festival 2013 – Film d’ouverture

Les âmes de papier - affiche

Les âmes de papier - jonathan zaccaï

les-ames-de-papier-stephane-guillon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>