Les Adoptés

On 05/12/2011 by Nicolas Gilson

Lorsque s’ouvre le film de Mélanie Laurent, sa voix s’impose. Le spectateur ne sait pas encore à qui elle s’adresse. Un tutoiement et une simplicité dans le langage à la diction appuyée qui conduiraient alors presque à une complicité. Celle-ci est d’ailleurs évoquée d’emblée, la séquence d’introduction porte ainsi bien son nom : Marie et Lisa sont complices depuis toujours ou presque. Mais l’amitié a ses humeurs, la vie ses rebondissements et Mélanie Laurent s’en veut conteuse, metteuse en scène et actrice, aussi.

Trois rôles qui demandent autant de claques, encore que la cohérence entre les qualités d’écriture, de réalisation et d’interprétation est surprenante : un scénario d’une rare pauvreté tant il est creux et empli de clichés, une mise en scène en tableaux qui oscille entre le ridicule et le risible et une direction d’acteur souvent imbuvable.

La mièvreté du scénario se cache derrière une construction en chapitres qui auraient pu composer autant de mouvements mais qui apparaissent comme un vulgaire décorum. Trois prénoms dessinent pourtant trois axes (Marie, Lisa et Alex) mais, malgré une centralité apparente de chacun des protagonistes, c’est le personnage de Lisa qui s’impose ou pour le moins son regard – un impression assise par la voix-over. La ligne narrative est chronologique, LES ADOPTES évolue donc d’une romance à une comédie dramatique en passant par le drame. Une comédie romantique caduque qui a tout de même l’intérêt de proposer autre chose par rapport à une production française quelque fois indigeste mais qui n’a pas la patte d’un auteur. La construction et de nombreuses séquences font penser à l’esprit de films américains indépendants, mais y font penser seulement… Les clichés sont nombreux au point d’être éprouvants : de la caractérisation des personnages à leurs actions, des dialogues aux gestes. La naïveté a ses limites et devient éreintante. Aux clichés répondent les trucs, à l’instar du personnage de l’enfant qui est employé comme un vulgaire objet afin de faire rire ou d’exacerber la tension dramatique – un objet qui déchire donc les cœurs ou redessine les lèvres.

La mise en scène part dans tous les sens, bien qu’elle est, toujours, enrobée ou ponctuée musicalement. Les sentiments sont ainsi orchestrés et, puisque rien ne peut être vrai tant tout est artificiel, les sensations sont dictées au spectateur. Les effets visuels sont nombreux et variés, sans qu’aucune unité ne se dessine. Aussi, sans ligne claire, LES ADOPTES est dépourvu de singularité esthétique ou celle-ci est tellement trouble, oscillant toujours entre clichés et monstration, que le film s’avère au final sans style.

La direction d’acteur est inégale. Peut-être est-ce lié au fait que le film n’a pas de style propre. Clémentine Célarié étonne avant d’irriter. Une irritation soutenue par l’ensemble du casting qui voyage entre une impressionnante justesse et exagération qui rend le jeu âprement artificiel. Deux exceptions toutefois : le jeune Theodore Maquet-Foucher et Audrey Lamy.

Les intentions sont parfois bonnes, certaines séquences (à l’instar du fantasme d’Alex dans la voiture) sont troublantes mais, à force d’enrobage et additionnées les unes aux autres, elles prennent part à une composition inégale et sans volume. Deux question alors se posent : Est-ce qu’à force de faire du cinéma Mélanie Laurent en est devenue une héroïne dont le regard épouse – ou épuise – celui des princesses des contes de fées ? Pourquoi réaliser un film si l’on a rien à dire ?

LES ADOPTES

Réalisation : Mélanie Laurent
France – 2011 – 100 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

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