Les Adieux à la Reine

On 11/02/2012 by Nicolas Gilson

En adaptant le roman éponyme de Chantal Thomas, Bénoît Jacquot opte pour une mise en scène à la fois réaliste et suave qui ne convainc guère. Malgré la judicieuse centralité de la protagoniste principale, Sidonie Laborde, admirablement interprétée par Léa Seydoux, LES ADIEUX A LA REINE nous laisse dubitatifs.

En nous plongeant dans l’intimité « réaliste » de Versailles du 14 au 17 juillet 1789, le réalisateur nous confronte à un univers dont nous découvrons les rites mais dont nous ne comprenons pas les codes. Nous faisons corps avec Sidonie la lectrice de Marie-Antoinette (Diane Krüger). La jeune fille se dévoue entièrement à la reine dont elle espère l’amitié. Un dévouement aveugle et entier, presque sulfureux lorsque se dessine la jalousie à l’égard de la Comtesse Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen) dont la reine est un peu trop ouvertement amoureuse.

Alors que le peuple se révolte à l’extérieur, le petit monde de Versailles vit ses dernières heures. Celles-ci sont fatalement troubles mais le réalisateur parvient malgré lui à exacerber cette impression en ne nous permettant pas de saisir le fonctionnement d’un monde qui se meurt. Un univers labyrinthique dont l’impression de dédales est renforcée par la musique.

Une caméra mobile, ou plutôt sans cesse en mouvement, ne craignant ni les effets de zoom et de de-zoom ni les panneaux et les travellings à tout va, capte les gestes et les trajets des protagonistes qui composent peu à peu ce portrait. Une mobilité qui, bien que judicieuse pour évoquer l’intimité et le désir, épuise. Une approche réaliste qui est une claque pour qui s’attend à découvrir Versailles sous l’angle du merveilleux – une vertueuse particularité.

Mais s’il est une qualité à reconnaître aux ADIEUX A LA REINE de Benoît Jacquot c’est le caractère hybride et inégal de son casting. A côté d’une majestueuse Léa Seydoux, d’une Noémie Lvovsky toute en nuance ou encore d’une magnifique Julie-Marie de Parmentier, Diane Krüger fait preuve d’un rare ridicule. Une superficialité et une artificialité qui correspondent à une vision singulière de Marie-Antoinette. Personnage fantasque au coeur de Versailles dont elle est reine. Le ridicule dont témoigne l’actrice est renforcé par la qualité d’interprétation des autres comédiens parmi lesquels on retrouve des réalisateurs composant une certaine famille du cinéma français à l’instar de Jacques Nolot et Xavier Beauvois. Virginie Ledoyen, avec justesse détestable, permet l’établissement d’une riche rivalité avec Léa Seydoux qui porte le film sur ses épaules.

Trop frêles cependant pour supporter une approche esthétique brouillonne qui à force de touches réalistes transcende l’artificalité du film dans son ensemble.

LES ADIEUX A LA REINE
♥(♥)
Réalisation : Benoît Jacquot
France – 2012
Distribution : Lumière
Drame / Costumedrama
Berlinale 2012 – Sélection Officielle en Compétition (Film d’Ouverture)

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