Critique : L’Envahisseur – The Invader

On 22/11/2011 by Nicolas Gilson

Avec son premier long-métrage, Nicolas Provost confirme qu’il est un grand cinéaste en signant une œuvre proprement sensationnelle. Si de nombreuses thématiques présentes dans ses court-métrages sont ici exploitées, le réalisateur se les réapproprie afin de mettre en scène un film sensible et original dont la lecture ne peut qu’être plurielle. L’ENVAHISSEUR est en effet à la fois un film sur le désir et la fascination, entremêlant sexualité et socialisation, et un portrait de la société et des comportements humains. Plus que d’immigration, lorsque Amadou gagne l’Europe, il est question de différences et de recherche identitaire. Un questionnement universel.

C’est d’ailleurs sur « l’origine du monde » que s’ouvre le tableau esquissé par le réalisateur. Dans la séquence d’introduction, la citation à Courbet est claire. Sur une plage naturiste au sud de l’Espagne, des occidentaux voient leur quiétude être ébranlée par l’arrivée de corps sans vie d’africains rejetés par les vagues. Une jeune femme se lève, traverse l’agitation et se dirige vers un homme qui sort de l’eau tout en secourant un autre. Deux mondes se font alors face. L’homme et la femme se regardent. Elle est dans la lumière, il est en contre-jour. Rien n’est dit. Deux continents s’imprègnent plus qu’ils ne se toisent.

Nicolas Provost met d’emblée en place un jeu sensible de sensations à la fois visuelles, musicales et corporelles. Une triangularité qu’il développe ensuite avec force et acuité. L’importance du son et de la musique, la centralité du personnage d’Amadou (impressionnant Issaka Sawadogo) et l’approche photographique se complètent admirablement. D’entrée de jeu, en une séquence, en une économie de plans (avec un plan séquence impressionnant), tout est dit sans que rien ne soit formulé. Fascination et frontalité s’épousent avec sensibilité.

Le réalisateur dessine alors le trajet qu’Amadou doit parcourir. Un trajet physique et symbolique qui prend la forme d’un tunnel à la fois droit et sinueux marqué par la division. Un effet optique et stylistique déjà employé par Nicolas Provost qui lui confère ici un nouveau sens.

Amadou est débarqué en Belgique, à Bruxelles. Son histoire devient alors celle de bien d’autres. Et son combat pour une individualité se double de celui consistant à prendre soin de son ami malade. La réalisateur dépeint avec économie et sensibilité une réalité abjecte, celle de l’exploitation de l’homme par l’homme. Plusieurs basculements s’opèrent alors jusqu’à ce qu’Amadou s’éprenne d’une femme. Animé par la fascination, il s’impose à elle et il la séduit. Mais cette cristallisation est prémisse de sa perte.

Derrière cette hypothèse de fascination se développe un sous-texte d’autant plus riche qu’il est propre à chaque spectateur : du désir physique à la transposition d’une situation géopolitique, les nuances sont nombreuses. Grâce à la singularité de son approche, tant narrative qu’esthétique, Nicolas Provost nous convie à une réelle expérience.

THE INVADER
L’ENVAHISSEUR
♥♥♥(♥)
Réalisation : Nicolas Provost
Belgique – 2011 – 95 min
Distribution : O’Brother
Drame

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