L’Enfant d’en Haut

On 23/04/2012 by Nicolas Gilson

Lorsque s’ouvre le film, nous sommes confrontés à Simon dont nous découvrons et épousons les gestes : très jeune adolescent, encore un enfant, il vole les touristes venus faire du ski. Il dérobe des vestes, des accessoires ou encore des sandwich. Il traque les objets convoités tel un prédateur, à l’aise sur ce qui apparaît être son territoire. Très vite cela s’impose comme étant son quotidien. L’assurance des gestes – leur enchaînement aussi – l’établit.

Avant de rentrer chez lui, il se change dans la vallée où il a un casier. Il retrouve sa soeur avec qui il semble fort complice. Une jeune fille dont on sent la fragilité et l’état de déséquilibre en une fraction de seconde. La force de la caractérisation se retrouve dans l’admirable interprétation de Léa Seydoux (Louise) mais aussi dans la réelle acuité dans le choix des costumes et des accessoires. Simon (très impressionnant Kacey Mottet Klein qui a déjà été dirigé par Ursula Meier dans HOME) et Louise existent.

Leur relation interpelle. Leur complicité est magnifique tout en esquissant la dureté de leur réalité. Louise vivote de boulot précaire en boulot pourri, Simon apparaît assurer la survie, de haut de ses douze ans, de ce foyer abandonné par tout parent.

L’ENFANT D’EN HAUT, alors simple et efficace, présente une réalité terrible sans le moindre misérabilisme. Alors que la construction du film épouse le point de vue de Simon que nous ne cessons de suivre, la complicité qui unit le jeune garçon à sa soeur – faille-t-il passer par sa mise à mal – prime.

Mais cette réalité en cache une autre. Et le basculement opéré, bien que très intéressant ne fonctionne pas. Notamment car nous le devinons et car nous n’en comprenons pas la soudaine motivation. Notamment car la construction scénaristique s’effrite allant jusqu’à présenté des failles évidentes. Certes l’évolution jusqu’à un point pivot est installée de manière dramatique avec une certaine acuité mais elle est tellement soulignée par un conditionnement sonore qu’elle s’avère étouffante et, in fine, peu subtile – pour ne pas dire balourde.

Ce son manque d’épure. Il est le piège auquel recourt la réalisatrice pour séduire nos sens, qui pourtant sont déjà à vif, intrigués et presque hypnotisés. Un artifice dont l’emploi qui force nos sens est d’autant plus désolant que la photographie du film, très réfléchie, est pertinente. Signée Agnès Godard, celle-ci se construit à la hauteur de Simon et épouse son énergie, nous fondant à lui tout en trouvant la juste distance pour nous confronter à sa « réalité ».

A la fois fort et décevant.

L’ENFANT D’EN HAUT
SISTER
♥♥
Réalisation : Ursula Meier
France / Suisse – 2012 – 97 min
Distribution : O’Brother
Drame

Berlinale 2012 – Sélection Officielle en Compétition

Article mis en ligne initialement le 14/02/2012

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