Lena

On 21/11/2011 by Nicolas Gilson

LENA est un portrait dur et amer d’une jeunesse en perdition. Sans repère, marginalisée tant physiquement que socialement, Lena veut s’épanouir. Son principal désir est celui formaté du binôme idéal : trouver le prince charmant qui rendra son quotidien lumineux et sa vie légère. Mais l’univers de la jeune fille de 17 ans n’est pas celui des contes de fées. Et c’est à force de gifles que Lena doit prendre conscience de la naïveté qui est la sienne.

Christophe van Rompaey met en scène un récit d’une perfide violence au sein duquel les parents et les figures d’autorité sont soit démissionnaires, soit caduques. D’emblée son héroïne est posée en objet – un pur objet sexuel plus que sexué tant, derrière son sur-poids apparent, Lena est sans forme. Elle est le réceptacle des pulsions de camarades qui ne la considèrent pas comme un individu à part entière. Elle est pour eux sans nom et dès lors sans visage. Lena est littéralement baisée alors qu’elle cherche non seulement à être aimée mais aussi consistance.

Cette violence prend place d’entrée de jeu : Lena est un exutoire et cette position, identitaire, est une première forme de mort. Une mort inconsciente et insouciante. Lena a des rapports sexuels non protégés avec qui veut bien d’elle. Véritable réceptacle, elle cherche naïvement une complicité impossible sans s’en rendre compte. Elle ne peut dès lors n’être que malheureuse, d’autant plus que, tout en ne faisant pas face à la réalité, elle jalouse le bonheur apparent des autres – qui ne sont au final pas plus heureux, la jalousie et le mensonge s’avérant être les principales caractéristiques de leur propre vie.

Plus perfide encore est la mort de Lena opérée par le comportement de sa propre mère – celle qui pourtant lui a donné vie. Un personnage trouble, complètement démissionnaire, au point d’apparaître être l’enfant de sa propre fille. Hystérique et dépressive, elle ancre Lena dans une position de culpabilité en lui signifiant qu’elle est le poids de sa vie. Incapable de s’aimer, la mère de Lena ne parvient pas à poser sur sa fille un regard maternel. La relation est riche tant elle est pauvre.

Une troisième mort émane de l’amitié de Lena avec Hanneke. Derrière la complicité apparente, tout n’est que pure perfidie. Et, bien que Hanneke soit une pure peste égocentrique qui ne voit chez Lena qu’un faire-valoir, les torts sont partagés : Lena se mentant à elle-même ne peut que mentir à son amie.

Comment est-il possible de se construire si aucun repère n’existe ? Dès lors, lorsque Lena rencontre Daan et qu’il lui accorde son intérêt, elle ne peut que s’emballer au point de s’installer chez lui et d’entrer dans une relation fusionnelle et aveugle qui, fatalement, ne peut que mal tourner. Et ce d’autant plus que Daan est lui-même sans repère, vivant avec un père absent malgré sa présence. Aucune notion d’autorité ou de respect n’existe. Seules des normes s’imposent : Lena intégrant un rôle stéréotypé de femme fait la cuisine et le ménage…

Le sujet est fort et déroutant. LENA est une réelle claque : un portrait de notre société, qui fonce droit dans un mur, devant lequel nous ne pouvons qu’avoir envie de détourner le regard. Si la caractérisation des personnages et la complexification du scénario sont intelligentes*, le film n’évite pas de nombreux appuis narratifs (à l’instar des tatouages ou des séquences, systématiques, de monologue) – qui se retrouvent également dans la mise en scène – et en perd dès lors de sa force. S’il met en scène avec brio le pathétisme d’une situation dont la singularité semble universelle, Christophe van Rompaey sombre de manière radicale dans la mise en scène du pathos de sa protagoniste – ce qui est bien dommage. Un pathos exacerbé visuellement – notamment avec un jeu de visualisation de fissures – et musicalement – alors que l’emploi premier de la musique – alors réel contrepoint – est d’une rare finesse.

Le réalisateur témoigne toutefois d’une maîtrise parfaite du son (parvenant à une réelle spacialisation) et signe une approche visuelle pleine de sens.

*Lena suit une formation de puéricultrice et endosse de facto un rôle constructeur de repères pour autrui.

LENA

Réalisation : Christophe VAN ROMPAEY
Pays-Bas – 2011 – 119 min
Distribution : BFD
Drame

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